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LOUIS COTTALORD : CALME PLAT, PLEINS FEUX , le 17 mars 1917

 17 mars 1917 . Cette date est celle du  naufrage de  Louis Cottalord , mon grand père maternel, entre la Corse et la Sardaigne .Ce récit  a été fait  sur la demande d'André Remacle , cousin par alliance avec ma grand mère et auteur du Roman LE TEMPS DE VIVRE dont Bernard Paul a tiré un film où joue Marina Vlady . Quelques extraits ont été publiés dans un article d'André Remacle  dans le journal LA MARSEILLAISE, le 19 avril 1965. Voici le texte intégral .
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Louis Cottalord à la mandoline, à droite
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Le porte avions Campinas à Milo, et ci dessous, Louis Cottalord avec des marins du Campinas
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Avion d'époque
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 " Au début de Mars 1917, faisant partie de l'équipage du porte-Avions "CAMPINAS" qui se trouvait à CORFOU, j'obtins unepermission de 12 jours. Un convoi composé de permissionnaires des unités se trouvant dans la même rade, et de rapatriés pour cause de santé, fut rapidement formé, et nous arrivâmes en FRANCE sans aucun incident.
Je ne vous décrirai pas les jours heureux passés auprès de mes chers parents à LA CIOTAT, petit port de pêche et de constructions navales. j'aurais désiré que cela dure bien longtemps, mais hélas ! tout a une fin. j'avais reçu mission que dès que mon congé serait terminé, je devais rejoindre le 5ème dépôt des équipages de la flotte à TOULON, où devait se former un convoi de retour en ORIENT.
Donc le 18 mars 1917, le coeur gros mais rempli du bon souvenir des quelques jours heureux que je venais de passer, je me rendis au lieu désigné. A mon arrivée, les formalités, démarches et attentes ne me furent pas épargnées. enfin, quand tout fut terminé, je pris contact avec des camarades se trouvant dans la même position que moi, en attente d'un convoi. Nous ne nous connaissions pas , mais chacun se faisait un plaisir de raconter les jours heureux de permission passés auprès de leur famille : parents, épouse, enfants , fiancée.
Ce jour triste étant un Dimanche, je m'étais promis de sortir l'apres midi avec quelques nouveaux amis. Il fallait bien se distraire pour chasser le cafarde, n'est-il pas vrai ? mais hélas !...
"Tous les permissionnaires en instance de départ sont priés de se rendre à l'appel derrière l'Aubette."
Tel était l'ordre affiché dans toutes les sections, ordre qui se propagea rapidement.
Une fois que nous fûmes rassemblés, on nous fit nous disposer en carré, mais dans le désordre, sans alignement. Au centre, parmi les officiers et sous-officiers affairés, un premier maître qui consultait des papiers éléva la voiux pour nous prier de faire silence, et pour nous annoncer :
Je vais faire l'appel des permissionnaires qui sont désignés pour prendre  le passage, avec leurs bagages, sur le cuirassé DANTON. Tous ceux que je vais nommer se répartiront par escouades, et auront un sous-officier ou un quartier-maître comme chef". Et l'appel suivit...
La liste s'allongeait, et j'avais l'espoir de n'être pas nommé, attendu que je n'étais présent que depuis quelques heures...mais tout à coup ...crac... les syllabes de mon nom résonnèrent ! Mélé aux permissionnaires arrivés depuis quelques jours, je devais partir. Tout était fini, le départ devait avoir lieu immédiatement.
l'ordre nous fut donné d'aller nous préparer , d'aller chercher nos bagages pour embarquer sur le cuirassé qui devait nous ramener dans les ports où nous attendait notre devoir. Nous étions 125. Ceux qui restaient  partiraient par un prochain convoi pour un autre itinéraire. et moi qui m'étais promis de sortir dans la soirée ! Vite je rédigeais un mot pour aviser mes parents de mon départ, en leur demandant de n'avoir aucune craine, vu que la Méditerrannée était bien surveillée.
lorsque nous fûmes tous prêts avec nos bagages, nous fûmes réunis sur le ponton d'embarquement. Un nouvel appel eut lieu, avec ordre d'avancer un par un pour embarquer sur le chaland qui nous conduirait sur le DANTON.
A notre arrivée à bord, on nous montra notre poste de couchage dans la deuxième battrerie, c'est à dire sur le pont cuirassé. On nous indiqua une toile de tente roulée, qui devait nous servir de matelas et de couverture. n'est-ce pas qu'on est bien loà dedans ?... ne riez pas, nous n'étions pas les plus malheureux . Nos frères, dans les treanchées, en contact direct avec l'ennemi, en avaient moins que nous , et dormaient à la belle étoile. Je connaissais cela, puisque j'étais resté dix-huit mois sur le front, avant d'être réintégré dans l'armée navale.
Quand les appels et formalités furent finis , j'allai me promener sur le pont , rejoindre les camarades d'infortune, et là, que vis-je ? Un pays ... Delphin DALLEST, un Cassidain, que je m'attendais pas à renconter ici à bord. Il m'annonça que je trouverai également Roman,  un ciotadain. Ah ! c'était un bonheur, je me trouvais moins seul, je pouvais parler du pays etr de notre jeunesse.
La nuit commençait à s'étendre sur la rade, le son du clairon emplit l'air : c'était l'appareillage. une fois tout l'équipage à son poste, le cuirassé leva l'ancre. Le temps était superbe, calme plat, à peine quelques rides sur la grande bleue, c'était le vent du soir, le "vent à la terre". Deux contre-torpilleurs  nous escortaient. Puis ce fut la nuit noire. On ne voyait plus à cinq mètres devant soi.
Nous naviguions tous feux éteints à cause des sous-marins ennemi qui, parait-il ,pullulaient dans la Méditerrannée. Le pont était  désert , et je me décidais d'aller dormir, mais en gendarme, prêt à la moindre alerte...
Le matin, après notre réveil, nous roulâmes la toile de tente, et nous allâmes déguster un quart de café  pour notre petit déjeubner. toilette, et hop ! nous voici remontés sur le pont.  Que faire ? des groupes d'amis d'un jour se constituent, la causerie va bon train. j'ai cherché en vain à trouver roman et retrouver Delphin... On finit par m'informer qu'ils sont de "quart" à ce moment.
Dix heures sonnent . On envoie aux rations l'équipage qui devait prendre le "quart" à 11 heures.  A 11 heures c'est notre tour de déjeuner, et dans notre escouade nous tirons au sort  ceux qui seront désignés pour aller chercher la nourriture et laver les gamelles ,après le repas. Pour une fois j'ai de la chance, ce n'est pas moi qui récolte cette corvée.  Je pars en promenade pour retrouver  mes camarades de Cassis et de la Ciotat, mais en vain. Alors je sors  des livres de mon petit sac et vais confortablement m'installer dans un radeau , à tribord, sur la plage avant.
La mer est toujours calme, comme une nappe d'huile. le ciel est d'un bvleu pur, sans nuage. une navigation de rêve.Mais dans deux jours il faudra reprendre l'ouvrage, remplacer ceux qui, à leur tour, partiront en permission. certainement ils nous attendent avec impatience. Moi-même j'avais hâte d'arriver, je ne me sentais pas à mon aise sur ce bateau où tout m'était étranger. C'est effrayant ce que je languissais.
Tout-à-coup un cri s'éleva : " -Un périscope à babored !" ... un cri strident qui se répercxuta comme un écho sur tout le navire. C'était la vigie postée sur la tourelle des canons qui avait donné cette alerte. Oh quel froid au coeur cela me fit !c'était une menace directe d'où devait venir le danger...
Aussitôt je me précipitais  à babord comme certains passagers pour voir le périscope du sous-marin ennemi assez audacieux pour affronter les gros canons du cuirassé. Nous étions de plus en plus nombreux à nous accouder sur la rambarde, pour essayer de repérer ce périscope , quand tout-à-coup, une forte explosion retentit , et une colonne d'eau de 25 ou 30 mètres s'abattit sur notre navire, sur nous tous qui nous trouvions à babord, sur la plage avant.
Le cuirassé avait été ébranlé par la torpille qu'il venait de recevoir. ce fut un sauve-qui -peut général. Tout le monde se précipita à tribord. je me trouvais sous la tourelle des canons de 305 quand une nouvelle détonation retentit.
de partout monta un cri de joie, car tous se figuraient que c'étaient nos canons qui donnaient la réplique... hélas ! C'était une deuxième torpille qui venait d'ébranler le navire, et de trouer son flanc ... de tous côtés fusèrent des cris, des ordres : "tout le monde aux postes de combat". le clairon couvrit tous ces bruits. Les uns s'apprèterent à répondre à l'appel. d'autres se jetaient pêle-mêle à la mer, probablement dans la crainte d'être entrainés bientôt au fond des eaux  comme c'est le cas lorsqu'un bateau s'enfonce dans les profondeurs.il faut déjà être un peu éloignés pour échapper à cette aspiration.
Moi-même, un peu affolé, je me deshabille , je ne garde que le tricot et le caleçon, je place mon portefeuille sur la poitrine, et je me tiens prêt à toute éventualité, y compris à me jeter dans l'eau. un nouvel ordre retentit : " Tout le monde à l'arrière !" je suis le mouvement, et là le capitaine COLLIN  ( je ne fus informé de son nom que plus tard) nous harangue, nous fait la prêche du courage, nous raconte que le batreau était touché mais qu'il ne coulerait pas.
C'est à peine si le cuirassé  penchait du côté meurtri par les deux torpilles . Je retourne  vers l'avant où je me rhabille et je reviens vers l'arrière. Le bateau continuait à flotter mais s'inclinait d'une façon de plus en plus inquiétante. il n'avançait plus, les machines étaient noyées. Les mécaniciens et les chauffeurs remontaient en hâte sur le pont, tout noircis et mouillés.
Le bateau s'inclinait progressivement  sur babord, rien ne semblait pouvoir ralentir le naufrage. Des mesures de sauvetage s'imposaient. la situation paraissait désespérée. les radeaux furent culbutés dans la mer  par des groupes de marins affolés. d'autres se jetaient simplement à l'eau. 
Le danger ne cessant de s'accroître, je me décidais à quitter le navire, lorsqu'il fut annoncé que les passagers qui ne possédaient pas de ceinture de sauvetage étaient priés de passer à la 1ere batterie  où avait lieu une distribution. 
je suivis le mouvement, j'attendis mon tour, mais j'entends sussurer qu'il n'y aurait pas de bouées pour tout le monde. Alors je cours pour remonter sur le pont. Le navire continuait de s'incliner. tout le monde criait, se bousculait, c'était la déébandade complè-te.
Enfin je parviens sur le pont. Quel bonheur de me retrouver à l'air libre. là au moins j'ai quelque chance de me sauver. Je quitte à nouveau mes habits et je me laisse glisser sur la coque du navire, sur sa ceinture cuirassée.
Plouff le plongeon !Puis je m'éloigne du navire qui s'enfonçait vers l'avant et chavirait sur le côté. Comme je m'éloignais en nageant à l'indienne, une sorte de crawl penché d'un côté, je jetais des coups d'oeil du côté du naufrage. Et finalement, Oh vision cruelle, le Danton s'incline brusquement et chavire. Je vois des formes humaines courir et gesticuler vers le haut encore émergé de la coque renversée qui fait penser à une baleine géante.
Beaucoup de marins étaient restés à bord, notamment sur les grosses chaloupes  que les grues électriques devaient mettre à l'eau, mais les dynamos avaient été noyées , les grues n'avaient pas fonctionné. peut-être ne savaient-ils pas nager et avaient l'espoir que leurs embarcations  flotteraient quand  le bateau disparaîtrait dans les profondeurs . N'avaient-ilds pas prévu que le Danton  allait chavirer avant de couler  et le entraîner dans les flots ?
j'avais cessé de nager pour observer la scène .Beaucoup était déjà perdus mais quelques uns de ces braves avaient pu se dégager à temps  et survivaient sur la coque, qui s'enfonçait vers l'avant, mais avec lenteur désormais, comme si elle voulait laisser encore une chance de survie à ces marins. Mais plutôt que de plonger , ils se mirent à chanter la "Marseillaise".Ils poussaient leur chant tres fort sans pouvoir rompre le silence tragique qui planait au dessus de leurs têtes. L'émotion me submergeait. quoique la minute fut terrible, ses hommes semblaient partir pour une délivrance sublime. cette ambiance paradoxale restera à jamais inoubliable dans ma mémoire.
Dun côté  j'étais submergé par l'angoisse et les pleurs. de l'autre mon coeur était empli par le patriotisme révolutionnaire  qui s'exhalait de la poitrine de ces désespérés. ma triste situation ne me concernait plus, je ne pensais qu'à ceux dont le sort apparaissait sans issue, mes yeux ne parvenaient pas à se détacher de cette vision de naufragés qui semblaient être une partie de moi-même. 
par les crépines des machines l'eau jaillissait puisamment, puis l'arrière du navire se releva avant de s'enfoncer tout doucement, sans remous, dans les abîmes de la grande Bleue. Je vis alors  biendes marins se débattre à la surface  avant de disparaître, alors que beaucoup d'autres parvenaient à surnager. La surface de cette eau qui paraissait si tranquille se mit à se rider comme sous l'effet d'une houle de fond profonde et capricieuse.
le contre-torpilleur "MASSUE" était invisible, car il était allé poursuivre, ou plutôt charcher la pistre du sous-marin meurtrier. Perspective  cruelle, sans espoir, rien ...pas de ceinture de sauvetage...je n'avais que mes membres, ma respiration  et ma volonté pour me maintenir à la surface . J'aperçois un peu plus tard un aviron qui flotte. je nage vers ce bout de bois, je m'y accroche. mon corps fatigué se repose enfin un peu mais ce n'est pas suffisant. A quelques brasses surnage un autre naufragé qui n'a pas non plus de bouée de sauvetage. Je le hèle : "approche mon vieux ! viens t'accrocher à ce morceau de bois, il ya de la place pour toi, ça te reposera" Il ne se fait pas prier et vient poser ses mains sur l'aviron. il nous faut doucement nous maintenir aved les jambes, ce n'est pas beaucoup d'efforts
Maintenant nous conversons sur le naufrage du DANTON, un cuirassé ! et sur notre situation tragique. nous voyons un peu plus loin d'autres malheureux soutenus par leurs ceinture de sauvetage, mais aussi  des corps sans vie qui flottent, tête et jambes sous l'eau, seule leur ceinture de liège est visible.
"- Nous ferions bien de réciter notre Acte de contrition", dis je à mon mon camarade d'infortune. il me répond : "Qu'est-ce que c'est donc?". Moi : " c'est une prière, préparons nous à paraître devant Dieu, car de cette catastrophe je ne vois pas comment nous pouvons sortir". Lui : "- mais je ne connais pas cette prière, je n'ai jamais appris ça". Moi : "eh bien ce n'est pas difficile, tu n'as qu'à répéter ce que je vais dire, au fur et à mesure". Je fis le signe de la Croix et commençais  "Mon Dieu, j'ai l'extrême douleur..." je ne vous cacherai pas que j'avais des difficultés à retrouver les mots car moi-même je ne pratiquais plus depuis très longtemps. mais tant bien que mal j'arriavais à me souvenir du sens  et mon camarade répétait mes phrases avec peut-être encore plus de foi que moi. et quand j'eus terminé, je lui dit "- ecoute,mon  vieux, je suis moins fatigué que toi, je vais te laisser seul avec l'aviron pour que tu puisses mieux te reposer. " Devant ma décision inébranlable il me laissa partir avec regret et me remercia finalement comme si j'avais sauvé son âme.
je m'éloigne en nageant et apres quelques temps je vois un groupe de matelots debout dans l'eau jusqu'à la ceinture. je suppose qu'ils ont les pieds posés sur un radeau . un radeau § unradeau tellement surchargé qu'il s'est à ce point enfoncé. Je m'approche pour implorer un repos de quelques instants, pour qu'on me fasse une petite place pour une halte.Mais, horreur, un matelot tres exalté me menace d'un couteau  au cas où j'approche davantage. je m'éloigne. La lutte pour la survie, c'est chacun qui se réserve sa part de chance, de crainte de la perdre ,je l'apprends à mes dépens. Alors je m'éloigne , et soudain j'entends des cris. le rideau surchargé venait d'être basculé par la légère houle de fond, et libéré de sa charge humaine , il avait bondi au dessus de l'eau. Ses anciens occupants le rejoignent bientôt, je les vois s'accrocher et revendiquer leur place comme des forcenés.
J'aperçois bientôt une pièce de bois carré. Quel bonheur ... ma planche de salut était ce billot. enfin je flotte sur l'eau sans besoin de ml'épuiser par des mouvements constants. cela faisait plus de deux heures que je trempais dans cette eau, et je commençais à être complètement exténué et frogorifié.
La houle de frond augmentait  et un petit vent frais ridait de plus en plus la survace de la grande Bleue . cela m'inquiétait, me jeatit dans une transe, tellement je me sentais loin de tout secours. Puis je vis un point noir paraître à l'horizon. Je craignis avant d'y réflechir,que ce soit le sous-marin revenir terminer sa mission de massacre. Mais je fus bientôt rassuré, je pus distinguer le contre-torpilleur "MASSUE" qui revenait sur les lieux du sinistre, ce n'était pas un mirage.
des embarcations se détachèrent de ses flancs, et le sauvetage commença. Baleinières et chaloupes recueillaient les pauvres infortunés , mais aucune embarcation ne se dirigeait de mon côté, tant j'étais isolé, à l'écart des autres survivants.
Je pousse ma planche de salut par des battements de   jambes  ,afin de me rapprocher pour être repéré. enfin un canot  se dirige vers moi, je lâche le billot et je nage de toute mes forces à sa rencontre. J'atteins le petit canot "berton" auquel je me cramponne, complètement essoufflé. Les sauveteurs ont de la difficulté à me hisser car je suis incapable du moindre mouvement paour leur faciliter la tâcvhe. merci mon Dieu, je suis sauvé !
4 autres survivanjts sont repêchés par la petite coque de noix. le frêle esquif de toile ne pouvant en transforter davabntage, les sauveteurs rejoignent le  "MASSUE" à une centaine de brasses. on m'aide à monter à bord, et là on me montre une écoutille. je descend       et je me retrouve dans le carré des officiers dejà rempli de rescapés. le froid continuait à se faire sentir dans tout mon corps. je retirais le caleçn et le tricot qui collaient à ma peau, et me mit en quête d'un vêtement quelconque qui puisse me réchauffer.
Une porte est entr'ouverte, je me glisse dans la pièce, et je vois un veston avec deux galons d'or suspendu au porte-manteau. je m'assure qu'il ne contient aucun objet personnel et je l'endosse. Je suis à moitié dévêtu, alors je m'allonge sur une couchette en ramenat sur mon corps draps et couvertures. Au bout de  cinq minutes un rescapé me demande de lui faire une place, car même en restant debout, il n'y en avait plus dans le carré des officiers au fil des arrivées. nous sommes rejoints par un troisième rescapé, puis par un quatrième, qui , vu l'exiguité de la couchette, ne peut que se rouler en boule à nos piede. je vous assure que nous n'avions bientôt plus froid.
c'est alors qu'un matelot de l'équipage nous donna l'ordre de libérer la couchette pour le "Marcadour", le docteur du Danton qui venait d'être recueilli dans un triste état et qu'on allait essayer de ranimer. de bon coeur, nous nousz levons pour lui céder la place . ce médecin était un brave officier qui avait fait ses preuves de courage sur le front en compagnie des fusilliers marins. encore il y a quelques heures, sur vle Danton en perdition, son dévouement  restait inextinguible.
Au coeur du désarroi qui régnait à bord, il avait donné les premiers soins aux blessés de l'équipage, notamment à un matelot dont la jambe avait été freacturée. Il l'avait plâtré, et apres celà, aidé dee quelques hommes, il l'avait attaché sur un radeau de fortune, et lui même participa à la mise à l'eau , tout en encourageant le blessé par de bonnes paroles. et voilà qu'on ramenait ce grand coeur inanimé  à bord du "Massue" , sans véritable espoir de le sauver.
On l'avait descendu par l'écoutille avec un maximum de précautions et de ménagements et on s'acharna quand même sur lui pour essayer de le ranimer par toutes les techniques connues. et apres un intense labeur, il se remit à respirer. Quel soupir de soulagement   ! Il nous remercia d'une voix très faible et ajouta qu'il n'avit plus besoin d'aide, il fit mine de se lever pour participer aux secours. Il était si faible que nous parvinmes facilement à l'empêcher, quoique le convaincre ne fut pas sans peine. finalement il obéit et s'endormit.
l'équipage déclara que le sauvetage devait être interrompu car le "Massue" était surchargé, le tirant d'eau avait été deplcé et l'état de la mer s'aggravait. Il fallait quitter les lieux et laisser de nombreux malheureux à la dérive. Mais un S.O.S  avait été lancé, et des patrouilleurds allaient arriver pour les secourir. Le "Massue" fit route tandis que la mer devenait tres houleuse, et que le vent fraîchissait encore.
pendant la traversée, nous fûmes l'objets de tous les soins dont était capable l'équipage : distribution de vin, de rhum, de biscuits, de vivres, d'effets, la cambuse parait-il fut entièrement vidée. pensez donc, nous étions 475 rescapés ! personne ne songea à me retirer le veston d'officier que je portais , on me donnait même le titre de "lieutenant". je n'étais pas seul à avoir endossé des vêtements d'officiers, on nous avait fourni tout ce que l'on avait pu pour nous réchauffer.
le bateau roulait et tanguait, et me donna, tenez vous bien, le mal de mer ! Etait-ce l'eau salais que j'avais avalé malgré moiu, ou bien les réconfortants  qui m'avaient été distribués ? je fus pris de nausées et je vomis tout ce que j'avais absorbé. je n'étaisz pas le seul dans cette posture.Le reste du voyage se déroula sans incident malgré le mauvais temps qui continuait à grossir. A 1à heures du soir nous parvinmes à Caligliari en sardaigne. Toute la population se trouvait sur les quais. le débarquement commença, ce fut un triste défilé : deux hommes encapuchonnés sous une même couverture, deux autres sous un même drap, d'autres vêtus seulement de pantalons, le torse nu, beaucoup d'une simple vareuse , d'un veston ou d'un tricot seulement. Moi même je n'avais qu'un veston ! Bah ! pas de fausse pudeur ... seul le frroid nous faisait souffrir. Un recensement sommaire  fut fait, et on nous fit monter au fur et à mesure sur des tramways qui avaient été réquisitionnés pour nous emmener dans une ancienne caserne désaffectée.
Là des soldats italiens ont commencé la distribution de la paille, des couvertures et du café.Mon veston d'officier me servit bien en la circonstance : je n'avais qu'à lever mon bras et les soldats, voyant briller les galons, me servaient immédiatement.Mon accoutrement bénéficiait également à Roman que j'avais trouvé dans le convoi, et aux amis rescapés dqui l'accompagnaient. nous formions un petit groupe favorisé par le prestige de mes galons (provisoires).Je n'avais qu'un signe à faire pour voir accourrir les distributeurs de ce qui nous manquait.
malgré la grande fatigue, impossible de dormir cette nuit là. Avec mon camarade d'enfance de Cassis, nous ne pouvions cesser de nous entretenir du péssé, du pays ( un proverbe ne dit-il pas chez nous que celui qui a vu paris mais non cassis n'a rien vu?) et de nos parents qui certainement devaient être dans l'inquiétude et que nous avions hâte de rassurer, dès que ce serait possible.
Roman me présenta au mécanicien Arsène , un  comique virtuose, qui, par ses facéties ou ses réparties, mettait un baume sur les souffrances que nous avions endurées. Oui, il nous a remonté le moral ce sacré Arsène... un grand bout-en-train !
les matelots fourriers du vaisseau sauveteur vinrent nous recenser de façon plus détaillée, pour envoyer par TSF la liste des rescapés , ce qui rassurerait nos parents et amis. Après cette nuit d'insomnie, une nouvelle distribution d'effets commença. Les italiens mirent à notre disposition des pantalons et vestes en treillis gris, des souliers, enfin tout ce qu'il nous fallait pour être couverts et convenable.
Ensuite, nous nous groupâmes et nous rendîmes à l'équipage du "MASSUE" tous les effets qui nous avaient été si généreuseument fournis. Quant aux nôtres, dont nous nous étions débarassés en sortant de l'eau, ils nous furent rendus encore tout mouillés. Beaucoup de camarades d'infortune retrouvèrent ainsi leurs effets personnels , et firent immédiatement le nécessaire pour les rincer et les faire sécher.
Un marchand obtint d'installer un étal dans l' abri provisoire qu'était pour nous cette caserne  , et ceux qui avaient pu sauver leur pécule  s'offrirent quelques fantaisies. j'étais le seul de notre  groupe à avoir sauvé une petite somme du désastre. J'offris une tournée, à la grande joie de mes amis. Mais je n'avais que dix francs... bah ! mieux vaut un visage souriant et satisfait  que la richesse dans l'inquiétude. 
le temps passait vite. L'après-midi, avec l'autorisation des autorités militaires de la ville et et de ceux de nos chefs qui avaient survécu, nous eûmes la permission d'aller nous promener jusqu'à 5 heures, où nous aurions la soupe. Nombreux furent ceux qui profitèrent de l'aubaine. Notre groupe se mit d'accord pour se diriger vers le centre ville.
là nous fûmes l'objet de nombreuses questions de la part des habitants. nous étions un peu considérés comme des bêtres curieuses, surtout que nous n'arrivions à nous faire comprendre que très difficilement. A un moment donné, l'un de nous suggéra d'aller demander au consul de France une avance d'argent, afin de pouvoir remplacer le nécessaire  de toilette que nous avions entièrement perdu dans le naufrage.
 D'un commun accord, nous nous rendîmes au Consulat français. une servante nous accueillit aimablement, nous demanda l'objet de notre visite, et alla aussit^t en informer szon maître. Après une attente qui nous parut interminable, monsieur le Consul nous fit répondre qau'il ne pouvait pas nous recevoir mais  qu'il nous faisait  l'aumône de 2 lires. Selon son porte -parole, il n'était pas admis de se présenter en groupe, sans préavis, et dans la tenue où nous étions. Oh ! Honte ! Horreur ! être ainsi raité par le représentant de la France, de notre France bien-aimée pour qui nous avions failli périr ! Non... Cela ne paraissait pas possible..;Notre cri d'indignation fut sponténément unanime : " le SALAUD !" et nous avons refusé son aumône. La souvrette parlait et comprenait tout à fait notre langue, elle trouva notre indignation justifiée et nous sachant démunis, elle nous donna tout  l'argent qu'elle avait sur elle, 5 lires. Nous la remerciâmes  et  nous la priâmes de rapporter à son maître ce que nous pensions de sa conduite.
Avec l'argent que nous venions de recevoir , ajouté au peu qui me restait, nous achetâmes un peigne, une serviette et du savon (un article qui était hors de prix). Il ne resta plus que de quoi nous offrir une tasse de lait cxhacun , dans une laiterie. la journée s'acheva sans histoires. Le lendemain, après une bonne nuit de repos, nous apprimes une mauvaise nouvelle  : quatre de nos camarades rescapés avaient fini par décéder. On nous informa de l'heure des obsèques en nous priant de nous y rendre sous la conduite de nos chefs. Cétait à l'Hopital militaire. 
Les quatre cercueils furent placés sur des affuts de canon. les autorités civiles et militaires de la ville assistèrent à ces funérailles qui furent grandioses. Des musiciens italiens jouèrent des marches funèbres en tête du cortège formé par les autorités, les rescapés, un bataillon de soldats italiens, et grossi par  la population. les larmes perlaient à nos paupieres, en dépit de nos efforts pour les retenir, nous avions honte de notre faiblesse, mais nous songions à ces quatre camaradees que nous accomgnions à leur dernière demeure et à tous ceux qui n'avaient eu que la grande bleue pour sépulture. Ces  pensées et les discours étaient très émouvants. 
Nous regagnâmes la caserne. Dans le courant de l'après midi, on nous annonça une distribution d'effets réglementaires de la Marine, apportés par les chalutiers dragueurs de mines "AFRIQUE" et "NORMANDIE" venus de Bizerte. La distribution eut lieu vers 5 heures. ordre nous fur donné de nous revêtir des effets reçus et de rendre les uniformes italiens. Apres essayage sommaire, chacun de nous reçut un pantalon de drap, une chemise de laine, un tricot, une paire de chaussettes, des souiiers et un bonnet.
Le lendemain , nous fûmes réunis dans la cour où nos chefs nous demandèrent de nous préparer pour l'embarquement sur les chalutiers qui repartiraient pour BIZERTE où l'on statuerait sur notre sort. Apres un dernier repas, nous parîmes. la population était massée sur notre passage et nous fit une belle ovation et nous souhaita bon voyage.
Il avait été prévu que j'embarque sur l"ARIQUE' tandis que le reste de mon groupe devait monter sur le "NORMANDIE". Nous nous promîmes de nous retrouver à BIZERTE, ce qui apaisa le chagrin de notre séparation. Nous fîmes le voyage sans incident, à fond de cale, mais j'avais comme la plupart des rescapés une appréhension terrible à reprendre la mer sur un si petit navire? Nous débarquâmes au port de SIDI ABDALAH. Là on nous conduiit à la caserne où notre équipement fut complété : couverts, serviettes, etc...
apres deux jours dans cette ville, où j'avais retrouvé mes compagnons, je fus désigné pour embarquer sur le LIAMONE et rejoindre le CAMPINAS à CORFOU. Je recommandais à Roman , qui m'accompagna un bout de chemin, d'aller rassurer mes chers parents des qu'il aurait une permission et de leur raconter notre odyssée.
Le voyage fut sans problème, nous pénétrâmes dans la baie de CORFOU. la silhouette du CAMPINAS se dressait au milieu des autres navires de guerre : VERGNAUD, CONDORCET, MIRABEAU, VOLTAIRE, tous du même type que le DANTON et faisant partie de la même escadre.
La chaloupe du CAMPINAS vint me charcher , ainsi qu'un passager servant dans l'escadrille d'aviation. nous arrivâmes à midi, ce furent les retrouvailles avec mes camarades, et nous nous apprêtions à aller déjeuner, lorsque l'enseigne Amet me fit appeler pour me prier de rendre aupres de son pè-re, amiral sur le VOLTAIRE. il attendait que je lui raconte en détail le drame dont j'avais été le témoin. l'amiral me reçut, accompagné d'un capitaine de vaisseau. ils m'écoutèrent et  poserent des questions pour compléter leur rapport écrit.
Puis on me reconduisit sur le CAMPINAS où m'attendait mon devoir. Par la suite je reçus des coupures de journaux français narrant brièvement le deuil national de la Marine Française et indiquant les noms des victimes du devoir et ceux des rescapés.
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Ci dessus, Louis Cottalord près d'un bateau de sa fabrication, glissé ensuite dans une bouteille.
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Ci dessous , l'annonce du naufrage au cours de la première guerre mondiale, dans le Petit Provençal du 24 Mars 1917
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Louis Cottalord avec André Remacle :
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26/11/2012
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