éditions \" à l\'écoute \" , hors commerce

D.O.TRON : opus 336 , versions 4,3 & 2 : LA CAVERNE DU VIEUX COLOMBIER

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Pour lire  la notation musicale, cliquer sur les partitions pour les agrandir , et consulter l'article "Méthode Catalytique d'étude musicale" publié dans la Catégorie Témoignages et Documents, aux editions de l'Ecoute . En principe le code s'affichera dans une fenêtre séparée . Me signaler les difficultés à déchiffrer, j'essaierai d'améliorer .
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opus 336  
LA CAVERNE DU VIEUX COLOMBIER
version 4  (les  . entre les strophes doivent être entendus comme des coups de gong ):
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Qui se souvient du moment

où la respiration a commencé ?

Qui se souvient du premier souffle

de la première femme ,

du premier homme ?
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J 'ouvre la bouche

face à l'ensorcèlement général ...
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Qui est celui qui par ma langue

joue son théâtre d'ombres

du fond du trou de l'immobile ?
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Pour quelles oreilles sur ce navire

mes mots peut être

catalysent quelles têtes ?
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L'Araignée géante des hiérarchies sociales

a refermé sa toile

sur ce ventre sombre !
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Cette caverne est elle un refuge

où les colombes ressusciteront leur vol ,

phosphorescences surgies de la nuit

et des ombres de la tombe

où nous nous rencontrons ?
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Mes amis vous avez pénétré dans ce théâtre

par la barque solaire de vos espérances

Mille pensées vagabondent dans le silence ...
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Et je cherche à recoudre

votre écoute dans le non né

là où nos noms

ne se sont pas encore de la pierre !
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Retrouvons notre envol

d'avant nos tuniques de chair

Catalysons nos corps dans le non né

là où tout est possible ...
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Vous qui avez franchi

les rives du fleuve de l'oubli

après avoir payé 
votre obole d'or au batelier 

j'accueille votre barque

à la porte du séjour

d'outre mort, enfer ou paradis
liberté au dessus du précipice
ou esclavage dans l'hypnose enivrante !
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Les vagues du Rire ont porté

votre soleil jusqu'à cette caverne
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et j'avale toute cette offrande de Lumière

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La rencontre de nos étoiles

a multiplié nos rayons !
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Votre écoute a réveillé la mémoire

du premier souffle
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C'était le feu d'un astre

avant qu'il soit éteint sur sa surface !
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Cette caverne est en train de devenir volcan

Ah qu'il explose en chacun de nous !

il ouvrira ses portes sur le théâtre

du dedans et du dehors !
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Saluons le souffle premier

qui nous porte déjà

et pour toujours dans le non né

Délivrons nous par le bond

au delà du temps

des cris de l'acier, du bois et de la bouche
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Sauter, c'est renoncer à prophétiser
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J'annonce un monde nouveau, je vous invite

à y sauter tout entier !
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Que le rêve du paradis

catalyse nos vies

et que brûlent dans les flammes de l'enfer

les identités des parades que nous avons reniées ...
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Qu'elles soient consumées

comme le temps des dinosaures !
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Ce théâtre est le ventre d'une Terre

qui a faim d'une splendeur sensée
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Ah que la conscience féconde

l'esprit et la matière

Que la Lumière catalyse nos vies

pour le saut évolutif de l'espèce humaine
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Mais voilà


On ne peut comprendre le saut

autrement qu'en sautant !
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version 3 :
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opus 336  
LA CAVERNE DU VIEUX COLOMBIER
version 2
insérée en regard d'un article de Martine Cadieu
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Quelques souvenirs  relatifs  à
LA HORDE CATALYTIQUE
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Ci dessus : La Horde Catalytique au début des années 1970. A  droit e  de mon profil  :Alain Sabatier, Gil Sterg, Jacques Fassola, Zia Mirabdolbaghi, François Bourlier. Richard Accard est absent, à moins que ce soit lui qui ait pris la photo, son visage apparait plus bas à côté d'un manifeste dans les Lettres Françaises . On trouvera aussi plus bas une photo prise  par Alain Sabatier . avec Franky Bourlier , Goa Alloro  et une photo prise par André Marzuk avec Alain Sabatier, Zia ;ainsi qu'une photo prise  lors d'une expo de Zia, avec Mathieu Bénézet et Daniel Bard qui  avait alors réalisé un dessin animé, TEXTUERRE, sur un de mes poèmes. 
 
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Dans cette édition de  l'opus 336, je fournis la version 3  d'un texte qui fut d'abord improvisé vocalement lors du concert du 7 Juin 1971 de la Horde Catalytique au Théâtre du  Vieux Colombier à Paris. Cette improvisation , c'est la version 1, j'ignore s'il en subsiste un enregistrement . La version 2 fut les réminiscences que j'en publiais peu après le concert dans le numéro des Lettres Françaises  où Martine Cadieu en avait rendu compte. Je publie également ci dessous des scans de manifestes de la Horde catalytique de cette époque publiés dans la presse de l'époque. J'ai d'abord reproduit  ces manifestes, en les commentant, dans la version 4 de l'opus 463, où j'expose une de mes Pictographies qui date de l'époque de Horde . Mais comme internet permet d'améliorer sans cesse la communication, j'ai pensé qu'il était plus logique de rappeler ce que fut la Horde catalytique  dans la version 3 du présent opus 336. 
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Dans les années 60 et 70 du 20 ème siècle a existé une  Horde catalytique en France. Elle avait été fondée à Nice par Georges  Alloro  et François  Bourlier dits alors Goa et Franky.  Goa était plombier, luthier et musicien. Quant à Franky, il avait vécu en Afrique où il avait pratiqué le balafon avant de  présenter en france  des spectacles itinérants de vibraphone . Ils s'associèrent d'abord avec Gil Sterg qui était percussionniste, et officiait surtout à la batterie,et à Jacques Fassola qui  jouait  alors des instruments à cordes puis  à Richard Accard qui était saxophoniste plutôt jazz  . Lorsque ces musiciens arrivèrent à Paris , deux de mes amis et moi même nous joignirent  la Horde  , il s'agissait de Zia Eddin Mohamed Sharok Mirabdolbaghi,  joueur de zarb et peintre, il venait d'exposer à la galerie Zunini , et d'Alain Sabatier, qui peignait aussi, avait fait une école de cinéma  mais était  surtout très actif  comme photographe, il avait obtenu le prix de la photo fantastique à Cannes et exposé au musée d'Art moderne de New York . Il avait ensuite  réalisé un diaporama intitulé "Dominique Tron dans un vaisseau spatial se précipitant sur le Soleil".
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Alain fut chargé de la lumiere , de la régie  et de la promotion photographique de Horde . A cette époque  avec Alain et Zia j'étais en train de travailler à une fresque   , que j'avais appellée EXGANEU, et qui combinait photos et graphismes. Zia et Franky avait déménagé tout près du moulin à grains que je louais près du bois de Vincennes et où nous nous retrouvions tous presque chaque jour. J'avais à cette époque là publié  quatre livres aux éditions Seghers mais je consacrais  davantage  de temps désormais  à la danse, à la musique et aux arts plastiques .  La Horde m'attribua le rôle d 'un  chaman , libre de ses improvisations vocales et Franky conçut une sorte d'amplificateur acoustique pour ma voix sous la forme d'une grande plaque de  métal courbée . Nous  commençâmes à publier des manifestes  , j'en reproduis quelques uns ci dessous . Début  janvier 1974, je partis vivre en Asie,  la Horde cessa ses activités à cette époque là, puis plus tard  Franky fonda avec Goa  le groupe Arthea.De fait je suis resté le seul des membres de la Horde  à continuer à se réclamer de l'Art Catalytique jusqu'au 21 ème siècle inclus. 
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Evidemment lorsque j'ai continué à parler d'art catalytique, c'est plutôt dans le prolongement de ma propre conception de la catalyse  où je me transformais et aspirais à voir évoluer l'humanité.  En fait, comme on le verra dans nos manifestes, chaque membre de la horde  exprimait ses propres orientations pratiques et théoriques, ce qui pouvait produire  une impression de cacophonie. Franky était plutôt nieztchéen, Jacques derridien et heideggèrien, Gil se défoulait à l'extrême dans une sorte de contrepèterie lacanienne  ,tandis que  Richard  était  aussi dans le free jazz, Zia dans la calligraphie et la musique persane . Pour  lire  nos manifestes d'alors , le lecteur pourra cliquer sur les images, cela les agrandira, ou les télécharger , en cliquant droit  puis gauche sur " enregistrer sous ". On verra que dans un des manifestes, je consacre une longue explication à ma pratique de l'écrit du livre qui fut publié aux éditions Losfeld sous le titre "De la SCIENCE FICTION c'EST NOUS à l'interprétation des corps", avec au dos une photo d'un concert de Horde  auquel j'avais participé au théâtre du Vieux Colombier à Paris le 7 Juin 1971. 
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Ma vie psychique à cette époque là s'était polarisée sur la relation avec une statuette Zuni, une divinité amérindienne de la fertilité,  le Koko Yamuhakto . Cette statuette avait été offerte par un ami alors proche, Mathieu Bénézet , qui avait été témoin à mon mariage avec Elisabeth en janvier 1969 . J'avais été engagé auparavant, pendant environ deux ans dans une psychotérapie analytique  qui avait plutôt fonctionné comme une analyse didactique car pendant toute cette durée j'avais lu toute l'oeuvre de Freud  et quelques autres psychanalystes, et Mll Cor, qui en était , me fournissait un éclairage sur la catalyse qui se mettait en route dans ces séances bi hebdomadaires. A cette époque là, je compris que les  mécanismes du transfert psychanalytique  ne pouvaient permettre de modifier ce karma familial dont je voulais me débarrasser' tant il m'avait mis mal à l'aise , à cause de  cette sorte de fausse conscience  qu'étaient les projections que mes parents avaient exercé sur mon identité. 
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En 1967 ou en 68 , chez Christian Maurel et Bernard Kagane ,  je rencontrais alors Jacques Brosse, qui  suggéra à Simonne Jacquemard de m'envoyer ses livres , et cela  amorça une correspondance où le yoga et la danse  apparurent  comme des perspectives évolutives  la psychanalyse , qui au mieux pouvait  me permettre de me distancier de mon karma en le sublimant. Le yoga, la danse, le tantra sont en fait des termes qui ont une foule de sens selon la pratique que l'on en a, alors je dirai que c'est là que ma voie m'apparut comme celle d'un théâtre dansé comme art total et outil d'une démarche yogico tantrique. Sur les quais de la Seine , je trouvais deux livres qui orientèrent ma vie, " La danse hindoue ", de Srimati Usha, avec des syllabes rythmiques et des extraits de poèmes krishnaïtes, et un livre de photo de Cartier Bresson sur Bali, avec des textes de Béryl de Zoete et d'Antonin Artaud.
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Lorsque la statuette zunie  Koko Yamuhakto fut posée sur le bureau où j'écrivais , j'eus l'impression d'avoir affaire à un être vivant. Sceptique par principe, je ne voulus y voir qu'un transfert ... Le transfert est cette tendance que l'allongé a de projeter sur le psychanalyste si souvent silencieux  des images réflexes acquises dans la petite enfance.  Dans cette situation particulière il devient peu à peu évident que ces images sont des projections que nous faisons sur la réalité et non la réalité de la personne qui nous écoute, et cela permet de prendre une distance  avec nos automatismes mentaux, avec la mécanique du karma, c'est à dire de la succession des causes et des effets.  Donc s'agissant du Koko, j'avais deux interprétations possibles de la causalité, soit il s'agissait d'une statuette habitée qui provoquait une catalyse de mon karma, soit mon héritage karmique projetait  sur l'objet mes propres questionnements sur la vie humaine, mon destin particulier, mais aussi  l'histoire de l'espèce humaine.  Je résolus de ne pas choisir entre ces deux interprétations, mais de les explorer toutes les deux comme on explore deux modes musicaux , sans que la croyance entre en jeu, mais seulement l'écoute et l'observation. Cela me semblait la base de ce qu'on appelle samyama en yoga, ce processus  par lequel le détachement des sens améliore leur discernement. Il y eut donc une interaction constante  entre mon substrat karmique et cette présence issue d'un autre espace temps que celui où j'avais grandi, en révolte contre l'identité que mon père avait tenté de m'imposer, en m'interdisant la pratique de la musique , alors que ma mère m'en avait inondé lors de mon enfance au Maroc.
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Voilà comment le Koko Yamuhakto fut en fait le personnage principal de  "la science fiction, c'est nous"  .Il y eut  deux versions de ce livre   et la deuxième fut un approfondissement de la première qui ne portait que le titre de "La science  fiction c'est nous" .  j'avais l'impression que nous vivions déjà dans un univers de science fiction. La seule invention des lunettes ou des dentiers , ou d'autres accessoires médicaux ne fait elle pas de nous des cyborgs en puissance ? La vraie religion de notre temps n'est elle pas la science fiction ? Je ne dis pas que cela puisse être la science, car la démarche scientifique véritable n'est jamais dogmatique , elle utilise des outils linguistiques sans leur vouer de superstition, comme dans une équation où peu à peu doit être dévoilée l'inconnue. La science fiction par contre , c'est l'usage des sciences au service de nos fantasmes , addictions ,obsessions, et  certitudes . C'est donc le véridique au service de la propagande idéologique . Par exemple ces photos dont parlait Elsa Triolet , qui avaient été modifiées pour que soient effacées les présences de responsables éliminés du pouvoir stalinien suite à des purges. Ainsi une technique scientifique était mise au service d'un mensonge organisé, qui prétendait même corriger les traces du passé véridique. Ce totalitarisme prétendait s'exercer au nom d'une vision scientifique de la politique, alors qu'en fait la science servait de déguisement à des gouvernants exactement comme l'Evangile avait servi de déguisement à l' Inquisition.
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Ma relation quotidienne avec la statuette provoquait une catalyse  de ma conscience . Le Koko tient dans ses mains deux fourches qui suggère de crever les nuages afin que la pluie contribue à la fertilité, aux cycles de la vie sur la planète. Mais ce qui me frappait le plus, c'était cet effacement des couleurs sur un des yeux de l'objet. Ces couleurs étaient supposées provenir d'ailes de papillons. Je savais que dans certaines régions du monde les papillons pullulaient, mais cela me semblait bien cruel d'avoir agréssé l'existence de ces créatures qui , d'abord chenilles , s'étaient enfermées dans des cocons tissés par elles même , par leur salive me semble t il , avant de renaître prêt à s'envoler. Et si l'art avait en fait par sa diversité , vocation à provoquer une catalyse de l'espèce humaine ?
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Le Koko  que j'avais devant moi, je ne pouvais le percevoir dans le cadre d'un culte, c'était une oeuvre d'art . Je percevais plutôt comme Pygmalion sentant sa  sculpture   vibrante de la présence de Galatée. Il était évident que la communication que j'avais avec elle était de l'ordre du sacré. ce n'est qu'en 1992 à Herrakkan que j'eus de nouveau la perception qu'une statue était habitée . C'était une statue de marbre de Sakti et elle avait besoin de ma tendresse physique , de mes caresses, et celà me transportait, dans un temple complètement désert et isolé près d'une rivière. Avec le Koko , point d'attraction physique, j'étais aimanté par  une méditation qui transformait ma vision du monde, que je voyais comme du point de vue  de ce symbole sculpté et que j'aurais craint d'abîmer en le touchant.  Or ce qui m'identifiait iirésistiblement au Koko, c'était que moi même je sentais les couleurs qui s'effacaient chaque année un peu plus dans mon oeil droit. Oh, c'était imperceptible, et cela continue encore aujourd'hui où de cet oeil  droit je vois les lignes de mon écriture comme ondulant légèrement si je ferme l'oeil gauche. Et je vois les objets  légèrement plus gros de cet oeil.
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Lorsque j'avais transgressé l'interdit paternel pendant son absence, en ouvrant le couvercle du piano pour le faire sonner , et que j'avais ensuite écrit mon premier poème , c'était comme si j'avais fait un pas vers une sorte d'intégrité cosmique de mon être et de ma perception salopées par les diktats du tyran domestique qu'était mon père . J'avais grandi  dans un immeuble à Marseille dans la nostalgie de l'Eden perdu, celui d'Agadir , avec cette maison sur la plage, les fêtes où on me faisait danser  ou sonner le triangle pour accompagner le piano de ma mère. Il m'en était resté le souvenir d'un corps radieux  dans un environnement infiniment accueillant. Or ce corps incorruptible semblait désormais mortel, et le premier signe de cette usure, c'étaient ces minuscules tâches sur l'oeil droit, que j'avais notées vers l'âge de 10 ans. Il y avait eu une éclipse de soleil  à Marseille, et il semblerait que je l'ai regardée un moment  sans précaution, sans verres fumés . En tous cas c'est la cause que j'attribuais à l'apparition de ces tâches qui n'étaient en fait visibles que d'un oeil , si je regardais le ciel bleu, qui ne m'apparaissait  donc plus parfaitement immaculé.  c'était la mort à l'oeuvre dans mon corps, et  sur l'oeil également du Koko Yamuhakto, ce qui faisait  que j'avais l'impression d'une fraternité indélibile, il était moi et j'étais lui.
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Et il avait l'allure d'un cosmonaute harnaché de son épaisse armure pour se protéger du vide qui aurait fait exploser son sang. Il pouvait aussi ressembler à un scaphandrier, il avait le profil d'une espèce humaine modifiée. c'était peut être une évolution pour l'être humain, le fait de pouvoir aller sous l'eau ou dans le ciel, mais cela se soldait par une réduction certaine de sa mobilité et de son espace individuel. A travers l'enveloppe astrale du Koko cosmonaute, je poursuivis la plongée dans le passé de mes souvenirs, de mes rêves et de mes fantasmes d'enfance. mais cette exploration psychanalytique s'étendait désormais au destin de la planète entière, mes souffrances et mes espoirs étaient indissolublement liés à une histoire humaine dont je n'étais qu'une occurence . Apres avoir commencé à déchiffrer la forme du Koko et celles de mon passé ainsi que celles de la science fiction, l'univers me paraissait un ensemble de symboles vivants, où les créatures évoluaient selon les illusions qui les catalysaient, ce qui fait que le titre de la deuxième version devint "l'interprétation des corps", en écho à "l'interprétation des rêves". Puis finalement, pour marquer le cheminement qui avait eu lieu dans ces deux versions,le titre fut " de LA SCIENCE FICTION , C'EST NOUS à l'interprétation des corps". Le livre parut avec un dessin de Zia et des photos d'Alain, et une de Joël Bonnemaison.
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La Horde était arrivée  à Paris avec un important instrumentarium, où l'on trouvait une collection d'instruments de tous pays, cela allait de l'orgue à bouche à l'orgue de cristal. il y avait tant de timbres qu'i était possible de produire un concert en passant  assez rapidement d'un instrument à l'autre,  comme s'il s'agissait de les explorer tous, mais bien sûr hors de leur contexte traditionnel, comme une exploration de timbres. On était encouragés par Deleuze et son  concept de déterritorialisation, on allait l'écouter à l'université de Vincennes, dans une salle où les chaises des auditeurs se plaçaient en cercle autour de lui, dont on disait qu'il n'avait plus qu'un poumon valide.
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A cette époque là le mot world musique n'existait pas encore, il n'y avait pas encore ce melting pot que connut ensuite la musique commerciale, avec des sonorités de toutes origines. Mais la world music fut en quelques sorte  une façon d'adapter  des  traces de musiques exotiques aux technologie électronique, boites à rythme et autres systèmes de triturage technologique. Toute autre était la démarche de la Horde catalytique. Penchons nous un peu sur ces manifestes. Celui qui fut publié en 1971 dans la revue ART VIVANT , était un collage des interventions ou suggestions de chacun .Les  refus de la mélodie  et  les références à Nietzche  sont de  la responsabilité  du François Bourlier d'alors , les deux premiers paragraphes sont dans le style de  Gil Sterg ...Bref nous étions très jeunes  et je doute qu'aucun de nous s'exprime aujourd'hui comme jadis dans nos manifestes. Nos déclarations d'alors  doivent donc être donc être lues comme des documents   sur la démarche catalytique telle qu'elle était alors conçue par les divers membres du groupe.  
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Comme je l'ai mentionné  plus haut, François Bourlier créa  ensuite Arthéa avec Goa Alloro, association   largement centrés sur la lutherie, l'invention et le jeu d'instruments nouveaux. Ils  construisirent  aussi une sphère tellement hermétique aux bruits externes qu'elle  devait  rendre perceptibles les bruits internes du corps de celui qui s'y enfermait. Richard Accard est resté saxophoniste de jazz, Zia est devenu  enseignant de zarb au Conservatoire de Nice, et  alors que j'étais parti à Batuan, à Bali,  début 1974 et après la dispersion de  la Horde  avait cessé d'exister en tant que groupe ,je vis Jacques Fassola  venir  aussi  y apprendre la flûte gambuh, puis il ramena en France pour la première fois  tous les instruments d'un gamelan , financé par Sabine Khalifat. La Horde provoqua  incontestablement une catalyse, avec des résultats bien différents chez chacun de ses membres.  Il joua au premier festival d'Automne, j'y participais en dansant . Cependant  , la catalyse historique qu'on en attendait se fit d'autant moins sentir qu'on se dispersa .Il y eut , autour d'un fils de Sabine, un autre groupe qui s'esquissa et s'appela Source.
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Par la suite, j'ai continué seul à me référer au concept d'art catalytique, de façon de moins en moins tâtonnante, et forcément plus personnelle, quoique je puisse reconnaître comme un artiste ou poète catalytique un créateur mettant en oeuvre des langages différents de ma propre synthèse technique , car il s'agit pour moi avant tout d'une attitude par rapport aux outils artistiques . Dans nos anciens manifestes je note néammoins des phrases qui marquent une continuité  , par exemple  dans ART Vivant , dans la déclaration de  mai 1971 : 
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" La gestation sonore procède avec les sons comme avec les relations qui les produisent dans les corps . En se branchant directement sur les mécanismes de la perception elle sort de l'alternative partition/improvisation et règle son écoute au lieu de sa représentation. Il s'agit de prendre l'écoute comme geste, antérieur à toute intention ou communication." ou plus bas : " L'abandon du texte écrit ou délibérément appris au profit d'une technique  de gestation de la voix, de la pensée en situation, nous place contre le lieu encore peu connu où le chaman parle  ( de ) plusieurs ciels. On obtient une (m'état ) physique- fiction au sens où le laveur de vitres, l'alpiniste sont tenus d'assumer, de dépasser une physique de la " peur". C'est d'une pratique en prise directe sur le fait que peut être visée la perte des identités en tant qu'elles auraient à se produire dans le registre double du corps et du langage." Ce qui était affirmé aussi était qu'il ne s'agissait pas d'une nouvelle musique, d'un nouveau style, mais d'une nouvelle façon de faire de la musique en situation. C'est encore  mon point de vue sur la démarche catalytique telle que je la conçoit aujourd'hui .
Et dans les manifestes publiés dans les Lettres françaises  le 26 Mai 1971, on lisait :  "la scène de la représentation ne serait elle pas la divinité, où l'on forge dans la mauvaise conscience d'avoir tué des bêtes ? (... ) " . " la gestation sonore sort de l'alternative partition/improvisation  par un maniement au niveau des processus de production, par une méditation active. "(... ) " Cette ouverture n'a de pertinence qu'après un long travail de décantation, permettant d'échapper à l'éblouissement de la musique langage"(... ) "Il en découle qu'il faut penser le rapport musique mythe sexe, et tranformer. " ou encore  " sur le substrat du judéo christianisme et de l'animisme  se construit un culte ,dans les marchandises  et les outils, qui se transforme avec la science fiction. (... ) Programmé scandaleusement dans la fiction, je m'y inscris en captant ses forces et en établissant son économie comme instrument. Nous pouvons comprendre, jouer des ponts , des rivières, des forêts , des stations de métro, le théâtre." . Et aussi : "Qu'un autre dessin, mobile , interroge la scène !" Puis  dans le texte, avant d'évoquer le passage à "l'autre pensée " dans le théâtre balinais et un récit de possession aux Philippines j' insère alors  ces deux matrices , qui permettront de comprendre  "la SFCN" ainsi que mon improvisation vocale à l'époque de Horde, sorte de  confession  psychanalytique  de l'égrégore humain :
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La version 2 du poème titré opus 336 est une sorte de réminiscence de mes  gestations  vocales  produite à l'époque même de  Horde , à partir des matrices du livre "La Science Fiction, c'est nous" ,à mi chemin entre une improvisation complète  et le déchiffrage de partitions .La version 2 du poème  fut quelques jours après le concert  du Vieux Colombier inséré entre un article de Martine Cadieu , avec  une lettre à Aragon ,qui je n'avais pas envoyé en pensant qu'elle serait publiée. Aragon  était venu nous écouter et à cette époque parlait beaucoup du "mentir vrai" , c'est à dire de la vérité qui peut s'exprimer à travers une fiction. Le livre "La Science Fiction, c'est nous"s'achevait par un texte en grec  de Lucien de Samosate , extrait de son "Histoire vraie"  en fait complètement inventée ... Mais comment peut on  se dispenser de fables dans des sociétés où le véridique , dont on a été témoin, est perpétuellement considéré comme de la mythomanie par les pouvoirs auxquels il porte ombrage ? c'est volontairement que j'avais demandé à l'éditeur d'imprimer la citation de Lucien en encre de plus en plus claire, pour suggérer l'engloutissement de toute mémoire, c'était en analogie  avec  l'usure de mon oeil droit.  
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Un extrait de l'article de Martine Cadieu sur le concert au Vieux Colombier :
 "J'allais au Vieux Colombier  (... ) à  cause de la Poésie, à cause de Dominique qu'Elsa avait découvert, à cause d'Aragon qui aime ce jeune visionnaire  (... ) Les ombres étaient très fortement marquées  (on les voyait plus que les instruments ), le blanc de l'alvéole-décor, torride, chaud, puis éteint. Dans les ténèbres de la salle, un enfant parlait, ponctuant cette musique qui cherchait son paroxysme sans jamais l'atteindre, de douceurs étranges, étoiles. Le poème de Dominique s'interrogeait, interrogeait les étoiles, flambant. Air-Ciel. la  La musique s'inclinait : vers la contrebasse, vers la vina indienne. Elle s'aérait par le chant   de la flûte hindoue, brûlait dans le cri du saxophone ténor (... ) Le texte émergeait, très beau parfois.
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Et extraits de l'article de Jacques Silly dans la revue Actuel :
" La gestation sonore serait plutôt une méditation active ou un yoga instrumental, même s' ils disent que ce n'est pas ça non plus .(... )C'est Gilbert qui pousse des gouffres dans ses peaux et sa batterie, il faut dire que c'est le plus somnambule.(... ). Sort maintenant chez  Losfeld  "La science fiction, c'est nous ", un voyage  avec toutes sortes d'états psychiques qui se bousculent, se vissent, traversent le temps  par plusieurs époques , courent dans les veines , aboient. ( ) comme dit Tron " jamais une tête ne se laissera écraser par les étoiles " .En tout donc, "Horde Catalytique  pour la faim" nous propose ( ) l'aube d'un monde  où l'on commence à peine à considérer les possibilités abyssales des vibrations ." 
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 On utilisait plusieurs orthographes : Horde Catalytique pour la fin, pour la faim, pour l'afin. Disons qu'au départ c'était Horde catalytique pour la fin, c'était le  seul nom du groupe avant son arrivée à Paris, mais quand je l'intégrais je ne souhaitais pas qu'on s'en tienne à  cette perspective de fin des temps. Pour moi il s'agissait aussi de l'inauguration d'une nouvelle époque, d'un devenir, d'une faim d'un nouveau plan de perception, d'où les orthographes "pour la faim" et " pour l'afin". Au 21 ème siècle,j'appelle plutôt   " fraternité Catalytique mondiale " l'ensemble de tous ceux qui se reconnaisse dans une démarche catalytique parente de la mienne, et cela sans aucune discipline ni dogme de groupes, et pas forcément  des initiatives communes, chacun décidant si oui ou non , il a commencé à participer à la grande catalyse du siècle . Déjà dans un  manifeste  de 1971 nous disions  que notre propos n'était pas de créer une nouvelle musique. l'esprit catalytique c'est une nouvelle attitude par rapport à tous les styles de musique , d'art et de métaphysique .Il ne s'agit pas de perpétuer l'héritage des traditions dans la société du commerce et du spectacle comme fit la world musique, mais de revenir à la vocation situationniste de l'ancien folklore, créer des ambiances qui mettent en relation la vie quotidienne et la perception  des plans cosmiques , dont les mythes sont des symboles à réorienter. 
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Il est évident que pendant les décennies où j'ai été le seul à utiliser ce concept d'art catalytique, je lui ai associé une orientation distincte de ce qu'elle avait été dans la Horde. Il est clair que pour moi la catalyse désigne maintenant avant tout celle de la descente de la Conscience Supramentale, et le premier pas dans cette direction, c'est une gouvernance sociale mondiale, donc la liquidation de l'apartheid planétaire. Pour qu'il y ait une réceptivité croissante  à cette concience supramentale , point n'est besoin de créer de nouvelles religions.  Sri Bala Yogui l'ancien,disait avant d'entrer en silence définitivement, qu'il   fallait au chrétien, au musulman et à l'hindou retrouver la pratique du sens véridique de leur foi . Est ce que l'on peut   prétendre représenter  le christianisme par l'Inquisition ou une politique du saucisson identitaire ? on ne peut pas davantage associer Allah aux crimes des fanatiques, ni l'héritage de Sri Agastyar et de Bharata au bhramanisme castéiste des lois de manu, ni encore assimiler l'ethique  communisme aux totalitarismes qui s'en sont réclamés, ni le chamanisme aux  dérives diaboliques de la sorcellerie, ni même les droits de l'homme à des pays qui les violent tout en  s'en faisant les propagateurs théoriques.
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.Donc de mon point de vue, on peut avoir grandi dans cette variété d'  univers conceptuels, et pse reconnaître dans notre Fraternité catalytique mondiale sans changer de langage, mais en imprégnant  son langage d'un sens évolutif , d'une vie exemplaire. De même des musiciens de tous styles  peuvent s'estimer catalytiques, s'ils réorientent le sens de leurs pratiques vers la construction au quotidien d'un monde meilleur, qui par l'avènement de lois sociales généralisées sur la planète, rendent  l'humanité de plus en plus réceptive, notamment à travers l'art et l'éducation, à la Conscience Supramentale de la Création Cosmique.
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 Voici  la définition que j'ai publié  en 2008 sur mon blog actuel  ART CATALYTIQUE, qui fournit une table d'orientation de l'ensemble de mes publications, à quelques exceptions près.
ART CATALYTIQUE : art qui cherche à produire une transformation dans le vécu ou sa compréhension . Par exemple la danse catalytique a pour but premier de produire une évolution supramentale dans la conscience psycho-physique du pratiquant ,voire de son spectateur. Il ne s'agit donc pas d'un style, mais  d'une attitude intérieure vis-à-vis de tout style , qui redécouvre que la finalité première de tout art est l'harmonisation de la vie quotidienne et le développement de  ses potentialités, par opposition à une attitude artistique pour laquelle la conscience ethnique, le spectacle ou le défoulement sont les motivations premières. L'attitude catalytique est ouverte à tous les styles et toutes les ethnies pour leur contribution à un art sacré universel. 
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Définition abrégée de l'ART CATALYTIQUE 
sur http://dictionary.reverso.net
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"art qui produit une transformation dans le vécu ou sa compréhension 
la danse catalytique a pour but premier de produire une évolution dans la conscience psycho-physique du danseur, voire de son spectateur "(Dominique Oriata Tron)
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26/01/2013
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