éditions \" à l\'écoute \" , hors commerce

Thibaut Hingrai : Fils et filles de joie , et autres poèmes

 

.

J’ai passé la nuit dans une maison,

En apposition.

Vous savez, une de ces auberges comme on en trouve

Dans l’Evangile, chez Baudelaire, et Villon

Au milieu de la forêt et du temps qui passe,

J’y ai appris que la poésie réchauffait les pieds,

Que ce n’était pas un mensonge que rien ne lui résistait

Ah, j’y ai fait l’amour encore jusqu’au petit matin,

Entre les tables, écoutant les pas de la danseuse et du mouvement qui soigne

Près du chat, du gros chat et de sa compagne.

Omar tu avais raison

Au vin des échansons

.

.

.

La demeure de l'Ami 
.
"Où est la demeure de l'Ami?"
C'est à l'aurore que retentit la voix du cavalier.
Le ciel s'arrêta à l'instant, un passant offrit
Aux ténèbres du sable
Un rameau de lumière qu'il tenait dans ses lèvres
Puis montrant du doigt un peuplier blanc, il dit:
"Pas loin de cet arbre se trouve une ruelle boisée
Plus verte que le songe de Dieu,
Où l'amour est tout aussi bleu que
Le plumage de la sincérité.
Tu iras jusqu'au fond de cette allée
Qui émergera par-delà l'adolescence,
Puis tu tourneras vers la fleur de la solitude. 
A deux pas de la fleur, tu t'arrêteras
Au pied de la fontaine d'où jaillissent les mythes de la terre.
Là tu seras transi d'une frayeur transparente;
Dans l'intimité ondulante de cet espace sacré,
Tu entendras un certain bruissement:
Tu verras un enfant perché au-dessus d'un pin effilé,
Désireux de ravir la couvée du nid de la lumière.
Et tu lui demanderas:
"Où est la demeure de l'Ami?"
.
.
_
.
.
La littérature boude
.
.
La littérature boude.
Elle sabote.
Elle n'existe que quand elle sabote,
elle est là quand elle sabote.
Littérature, vas-tu marcher au pas?
Non pas, mon pas, c'est de ne pas, pas le pas, pas à pas.
Alors donne-moi ton pas, donne-moi ton pas!
Ca me botte!
dit-elle en riant, en s'enfuyant. Ca me botte!
.
.
.
__
.
.
Poétique
.
.
 
A l’aurore, je m’ennuie
Le matin m’asseoir
Me hâtant le soir
La nuit est mon zénith.
 
A l’ouest la mort
Là contre, je vis
Le sud m’a pris
L’Est est mon nord.
 
Où d’autres veillent
Chacun à leur tour :
Je meurs la veille
 
Je nais un autre jour
Où je vais est le camp :
- Mon temps est le quand.
 
POETICA
 
De manhã escureço
De dia tardo
De tarde anoiteço
De noite ardo.
 
A oeste a morte
Contra quem vivo
Do sul cativo
O este é meu norte.
 
Outros que contem
Passo por passo:
Eu morro ontem
 
Nasço amanhã
Ando onde há espaço:
– Meu tempo é quando
.
.
.
 ___
.
.
   À mon ami Yan
.
.
Manteau de neige et brûlure du froid
La neige comme contradiction
Désordre et unité
Dispersion
Enthousiasme
Chahut joyeux
Des cadeaux pour tout le monde
Légèreté et lourdeur
Éphémère et durée
Entrave et liberté
Vie et mort, la joie retrouvée de la vie face à la redécouverte de la mort
Force la contemplation, absorbe les sons
Le monde qui nous invite à jouer avec lui. Comme un être vivant (comme un animal).
Nuée angoissante
Ne cessera-t-elle donc jamais de tomber?
Au creux des cabanons, les hommes se réfugient,  attendent la fonte, qu'on leur laisse un peu de place, meurent les envahisseurs!
La vue d'une plume de glace me fait éternuer, j'ai mal à la gorge, mon nez coule, boire, respirer deviennent une souffrance. Que meurent les envahisseurs!
Je suis pauvre et on m'accuse du choléra
Je veux rejoindre mon aimée, pourquoi m'empêches-tu de passer?
Ah
Quelle inconstance, les hommes, c'est pour cela que nature préfère rester choses!
H20, cristaux de glace, à l'année prochaine!
 
 
                                           Paris, le 7 décembre 2009
.
.
.
___
.
.
Parce que la terre
tourne autour du soleil
.
Lorsqu’un disciple lui demandait: « Pourquoi ? », le Golem répondait: « Parce que la terre tourne autour du soleil ».
Un jour, alors que chantaient les cigales et que tous méditaient, repus et ensommeillés, auprès des oliviers, le plus petit d’entre eux se dressa brusquement et vint secouer la grosse bedaine du Golem : « Mais maître, parce que la terre tourne autour du soleil n’est pas la réponse à toutes les questions ! ». Le Golem ouvrit les yeux dans un demi-sourire dont on ne savait s’il exprimait la satisfaction prolongée d’avoir fait un bon repas ou celle d’entendre son disciple se révolter et sans même ouvrir la bouche, répondit d’un laconique : « Tu as raison ». « Mais alors, lui demanda le disciple, pourquoi réponds-tu toujours: parce que la terre tourne autour du soleil ? ». « Parce que la terre tourne autour du soleil » répondit le Golem. Et il dormait déjà.
.
.
___
.
.


07/11/2012
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 6 autres membres