éditions \" à l\'écoute \" , hors commerce

D.O.Tron : .opus 451 : Ma rencontre avec l'Oiseau de paradis à Bali

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Par souci de clarté dans le classement de mes créations, j'appelle désormais opus 451 le poème  relatif à ma rencontre avec l'oiseau du Paradis à Bali en 1974.  Il y a eu d'abord la version 1, qui a été publiée dans le recueil "Traverser le mirage " sur le net. Ensuite toujours sur le net  il y a eu  la version 2, légèrement modifiée, puis la version 3 , avec des commentaires. Voici la version 4, avec des corrections dans le poème et le commentaire, et la présentation de dessins et de peintures sur le même thème , c'est à dire les opus 14, 333 & 451 . On trouvera également des photographies de l'époque  de cette rencontre.
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 opus 451 : 'A FAARI'I TE PUPURA'A O TE MEHO NUI HA'ATUPUA , acrylique sur toile, 80 x 61
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opus 451 , version 4
 La rencontre de l'Oiseau de paradis à Bali
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Il fallait d'abord marcher entre les rizières sur d'étroites bandes de terre...
Les jours de ciel clair on apercevait au loin le volcan Gunung Agung.
Puis soudain il y avait un précipice
Entre les parois abruptes d'un canyon
...
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Une fois parvenu au torrent qui avait creusé son lit si profondément
J'ai cheminé en aval où nul ne va pour la raison que les pluies venues des sommets
Parfois dispersent les rochers comme un enfant les billes.
Quand le  ciel est bleu  dans la campagne mais pas aux sources du torrent dans la montagne
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J'ai avancé  dans le canyon
Puis il y eut cette clairière 
qui accueillait de hautes  cascades de tous côtés ...
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 Résonance de la lumière sur les parois
Où croissent les feuilles géantes !
...
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Je danse maintenant lentement  sur un gros rocher plat et lisse, 
un roc entouré d'eau mais sec ,
pas comme les pierres  glissantes 
 couvertes d'algues minuscules
sur lesquelles j'avais avancé, les pieds dans l'eau .
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Et là soudain j'entends le cri
De l'oiseau Vrai !
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Oiseau de Paradis tu as brûlé ma destinée
Et déposé  ta graine où mon âme est offerte !
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Oiseau Galaxie je vole avec tes ailes
Tu viens d'en deçà et d'au delà du Temps
Allume encor ton feu plus fort dans mes instants !
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Le titre de la toile peinte photographiée avant ce poème  est en fait écrit en reo maohi , et se prononce : 'A faari'i té poupoura'a o té mého ha'atoupoua, c'est à dire :  Reçois l'offrande de l'oiseau oraculaire exorciseur. Le mého, dans les anciens temps , en Polynésie , était considéré  comme un  oiseau messager du Divin . Il fut un temps où  il était signalé  comme ayant disparu  . Puis il a été vu de nouveau . Il vit généralement caché, on l'entend seulement.
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Néammoins  ,  la scène  dont ce tableau et ce poème sont les échos n'a pas eu  lieu en Polynésie mais en Indonésie, à Bali, à Batuan . Si , au dos de mes peintures , ou sur la tranche de la toile fixée sur le châssis , je donne des titres en reo maohi, c'est parce que cela fortifie instantanément des états de grâce, cela me centre dans un monde vivable ,où je n'ai rien à prouver,  un fenua intérieur et sans frontières. Cela me perpétue dans  l'espace de chance où cet oiseau là a guidé ma vie, en dépit de bien des mauvais sorts. Et si je le célèbre encore le jour de cette rencontre, c'est pour déjouer le mauvais oeil une fois de plus.
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Les coeurs endurcis, du haut de  leurs fonctions soi disant impersonnelles,  au fil de leur gestion du troupeau humain , ont souvent longuement  assiégé mon corps, asphyxié mes libertés  . Mais l'Oiseau Divin est resté un refuge pour la sérénité de mon âme.
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Le Dieu créateur, en Polynésie ,  avait d'abord été nommé Taaroa. il  naissait d'un oeuf et, polymorphe , apparaissait souvent sous la forme d'un oiseau  . S'il laissait choir une de ses plumes , elle devenait un arbre .Nombreuses sont les mythologies  où un oiseau se présente comme un messager Divin . En Polynésie , il y a donc l'oiseau monde, immense ,mais aussi le petit mého, caché dans les buissons. Le macrocosme visible s'exprimant aussi à travers le microcosme invisible. Et 'Aimeho avait été l'ancien nom de l'île Moorea où je peignis les deux premières versions de cette toile ...
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'Aimeho peut avoir plusieurs étymologies  :
le meho désigne la marouette fuligineuse, je cite le dictionnaire du fare vana'a : "Oiseau, petit râle d'Océanie, Porzanna tabuensis (Gmelin). Il reste généralement caché dans les broussailles. Un aitre sens du mot est  " Se cacher, chercher un refuge dans les broussailles, comme les fugitifs en temps de guerre. ".'Ai  est une "exclamation d'admiration ou de déception, selon l'intonation ... mais  'AI signifie aussi : en possession de..., exemples  'AIVĀNA'A = Savant (mangeur de science) ; 'AIHAU = Jouir de la paix (être en possession de la paix)". Néammoins  au Musée lithique de l'île de l'île on affirme : Moorea s'appelait autrefois 'Aimeho car ses habitants profitaient de la nuit pour chasser le Meho, oiseau coureur nocturne, et le manger à l'abri des regards. Tout dépend sans doute de l'approche de chacun, comme dans la légende dont j'ai accouché. Au XXI ème siecle, une révolte poussa les habitants des Galapagos à manger une centaine de tortues ayant donné leur nom à l'archipel.
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 Dans la version tahitienne de l'Oracle du Phénix, j'ai appelé  Meho Nui l'oiseau de mon théâtre intérieur. Nui signifie grand, oui , il peut changer de taille à volonté . J'ai pu aussi, à l'occasion nommer cet oiseau Simorgh, Quetzalcoalt , Garuda en souvenir de contes venus de la Perse,  de l'Inde ou du Mexique. J'ai  surtout appellé Phénix, puis Mého Nui le premier oiseau de Paradis de mon théâtre , et le second oiseau : Hamsadéa, son disciple et finalement son semblable, car il ya un point de la Conscience où Toi c'est Moi . Hamsa est le mantra du souffle, de l'inspiration et de l'expiration. Par la concentration sur le souffle, l'âme peut prendre son vol, et continuer à respirer, enseigne Franz Bardon l'hermétiste.
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Ce qui est caché par les illuminés  ne l'est point par une volonté de réserver des connaissances à une caste, mais simplement parce que les automatismes mentaux des lecteurs peuvent se trouver en grand décalage avec la logique de l'inspiration artistico-spirituelle. Ce décalage se réduit au fur et à mesure que le public s'investit dans l'exploration des espace-temps de la création catalytique, qui éventuellement peut les aider à entendre les oiseaux de paradis chanter dans leur propre coeur.
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Les  enseignements des oiseaux de paradis sont symboliques, ils n'exigent pas une foi que contredirait la raison, mais un goût sincere pour des équations dansées où le supramental Divin est l'inconnue à toujours mieux décrypter ,à l'aide notamment de sons et de couleurs .
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Pas étonnant que  mes rencontres avec ces oiseaux là aient eu  lieu comme des  sortes de Révélations. Déjà  enfant ,j'avais été visité par un oiseau multicolore , apparemment venu d'un monde astral pour me guider. Néammoins,  si j'avais été ébloui ,cela n'avait pas encore fait sens dans mon mental . J'avais alors quatre ou cinq ans . 
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Ensuite, en1962, j'avais assisté à une conférence de " Connaissance du monde" au cinéma en haut du boulevard Chave à Marseille. Christian Zuber présentait son film sur les îles Galapagos. Ce qui m'avait le plus fait réfléchir dans ce documentaire, c'étaient ces oiseaux n'ayant pas peur de l'homme, n'ayant pas eu l'occasion de le connaître comme un prédateur. Je n'avais alors cessé de rêver d'un départ vers cet archipel , je rêvais nuit d'un long voyage sur de grandes  pirogues doubles.
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Arrivé pour la deuxième fois à Bali en janvier 1974, je m'étais dirigé directement vers le village de Batuan, car sur le disque qu'avait publié Louis Berthe, il y avait des enregistrements des flûtes du théâtre gambuh dans un temple de Batuan. A l'unisson, les grandes flûtes , les  longues suling résonnaient déjà dans ma colonne vertébrale, elles provoquaient comme un déclic dans la moelle épinière pour me faire danser, même immobile.
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A Batuan, cette année là, j'avais loué  une chambre chez  le peintre Astawa .  Sa maison consistait en  un ensemble de bungalows  autour d'une cour où s'ébattaient les volailles ,  avec  sur le côté une aire  cérémonielle où étaient  érigés de petits temples chargés d'offrandes de fleurs et de nourriture qu'on n'empêchait pas les animaux de récupérer. Les oiseaux venaient par le ciel, les chiens tendaient l'escalade.
  Astawa  m'avait présenté son cousin Ida Bagous Ktut Raï Datah qui était comme lui un homme gambuh mais davantage savant ,car  il connaissait plus d'une danse et était  dalang dans le théâtre d'ombres, avec des  rires différents pour chaque personnage  dont il  animait les marionnettes .
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Au dessus de la porte d'entrée  de ma chambre j'avais accroché un cadre avec un dessin où j'avais représenté ,avec un graphisme inspiré d'une miniature arabe ,  un oiseau de paradis  à côté d'une cage, et il y avait aussi un court poème pour dire qu'il ne fallait pas piéger l'oiseau Amour pour qu'il continue à nous visiter. 
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 Raï vivait avec ses deux femmes dans une cabane étroite dont le toit laissait passer un peu la pluie , il ne pouvait pas  me loger . Alors, ayant payé Astawa pour l'année, je remis presque tout ce qui restait de mon budget  à son cousin ,pour qu'il  se construise une maison plus spacieuse, avec quatre chambres, dont une pour son fils Dharma.
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Je  l'aidais un peu chaque jour en mélangeant  le sable et le ciment et en lui apportant, posé sur ma tête, des plats de cette mixture. Ses femmes l'aidaient également à la construction, et la plus jeune allait toujours seins nus, ce qui à Bali était traditionnel. Ses seins avaient cette sorte de rayonnement qu'on appelle ojas  dans certains  tantrismes.
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Les torrents étaient nombreux à sillonner le village, mais l'eau la plus pure se trouvait au fond des gorges profondes  d'un canyon , un peu à l'écart, au delà des sawah, des rizières... je parle de canyon  car je n'ai pas trouvé de meilleur mot pour l'instant, oui j'hésite à parler de canyon car cela fait penser à des paysages arides d'Amérique du nord , alors qu'à Bali, tout est  presque toujours verdoyant.
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En tous cas , il s'agissait d'une vallée tres abrupte et étroite creusée par la rivière, et profonde de plusieurs dizaines de mètres .. Pour l' atteindre on cheminait sur les sentiers qui délimitent les rizieres, d'où on pouvait voir le Gunung Agung dans le lointain , le volcan principal de Bali. 
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Puis soudain , on arrivait au bord d'un précipice, et là il y avait une sorte d' escalier naturel , disons un sentier raide s'adaptant aux rochers par lesquels on pouvait descendre , sur plusieurs dizaines de mètres. Cet escalier serpentait un peu car la falaise était presqu' à 90 degrés, quasiment en angle droit avec sa base, le torrent.
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Peu avant le coucher du soleil, à ce moment appelé sore à Bali  il y avait pas mal de circulation  pour aller se tremper ou revenir de la rivière. Sinon dans la journée on ne croisait  sur ces marches s qu'un porteur d'eau, qui avait deux grosses calebasses suspendues de chaque côté d'un bâton qu'il posait sur son épaule. Il  faisait pivoter ce bâton pour gravir ou descendre les escaliers tres irrégulièrs et parfois friables, jamais cimentés, s'adaptant aux pierres solidement  incrustées dans la paroi comme des dents dans une mâchoire . Ce bonhomme vivait du commerce de l'eau vu qu'elle était réputée pour sa propreté.
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Donc en fin de journée, en bas du précipice  , quelques femmes et quelques hommes  se baignaient , nus ou presque, assis  dans le torrent . Les parois de cette vallée profonde étaient distantes d'une vingtaine de mètres mais se resseraient en amont comme en aval. En amont il y avait un bassin d'eau claire  alimenté par une petite cascade, sous laquelle on pouvait s'asseoir, et c'est là que Raï souvent vocalisait, chantait le solfège du gambuh  dans ce qu'il appelait son bibir, une façon de fredonner en articulant un mélange personnel de notes, de syllabes et parfois de mots, car il était aussi tandak, c'est à dire celui qui, assis parmi les musiciens de l'orchestre gambuh,  fait office de conteur pour lier les scènes ou les exalter... Comme il avait depuis longtemps mémorisé ces mélodies  ou gending du gambuh  , il vocalisait plus qu'il ne chantait les notes distinctement ...
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Le gambuh se jouant sur des flûtes et un rebab , sorte de viole,  il n'était pas strictement pentatonique comme les métallophones  de la musique moins ancienne de Bali. Les flûtes du gambuh Batuan proposaient par exemple un do qui se situait entre le do et le do dièse , mais là-bas on parlait plûtot de ning neng nong nung nang ,à quoi s'ajoutait, en gambuh, le naying, le nayeng , le nayong, le nayung et le nayang, se chantant nying, nyeng , nyong , nyung, nyang . Il existe toute une notation à Bali pour noter ces compositions, ou les prendre sous la dictée.
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Dans les lontars , petits livres traditionnels de feuilles de palmes, c'était surtout le squelette spécifique de chaque gending qui était gardé en mémoire. Le compositeur américain Colin Macphee a transcrit en détail quelques extraits, et il a transposé certaines compositions sur son piano.  J'ai édité sur le net mes cahiers d'études de l'époque avec cette notation ainsi que des explications  de Pak Ebuh pour fabriquer des flûtes gambuh, et une synthèse de ces notes a été publié dans la revue Flûtes du Monde sur le triangle Polynésie-Indonésie-Madagascar.
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Un peu en amont, dans la plus grande des piscines naturelles ,il était possible de nager un peu, et on perdait parfois pied . Le torrent  s'échappait  vers l'aval par une  cascadette moins haute et moins puissante  que celle de l'amont, mais sous laquelle il m'était aussi possible d'être assis. Que l'on se fasse masser par les eaux ou  qu'on se fasse  sécher sur les rochers lorsque le corps commençait à se sentir trop froid,   Raï et moi unissions nos bibir pour chanter les musiques des danses qu'il avait commencé à m'enseigner.
Encore plus en  amont , apres avoir franchi un passage où les parois étaient si proches que des araignées tendaient leurs toiles au dessus de l'eau, on trouvait une cascade deux fois plus haute que moi même , avec un gros  rocher en surplomb,  et il  semblait difficile  de dépasser cet obstacle .
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En aval , apres une cinquantaine de mètres où s'éparpillaient baigneuses et baigneurs, les parois se resserraient  aussi ,alors  les fougeres qui se croisaient mêlaient leurs frondes , leurs feuillages. De ce côté là il était possible de cheminer sur les pierres glissantes du torrent étroit.
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J'étais très attiré par explorer l'aval, ce qui était déconseillé par les villageois car des pluies pouvaient se déchaîner au loin sur la montagne sans que le ciel au dessus du canyon se couvre de nuages, et alors on pouvait être emporté par une vague d'autant plus dangereuse que le passage était réduit, ne laissant aucune  possiblité d'une fuite.
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Comme j'étais optimiste, voire téméraire, je songeais sans relâche   à cheminer entre ces parois abruptes, et un matin , je n'y  pus résister.  Finalement après le long couloir étroit, je parvins à une clairiere circulaire , celle dont la peinture ci dessus  garde la mémoire.
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De tous côtés ruisselaient, de tres haut ,des cascades  au milieu de feuilles d'arums géantes et de fougères plus hautes que moi même . Ce devait être midi lorsque je parvins en ce lieu car le soleil scintillait sur toutes ces cascades, ce qui n'est possible que lorsqu'il est au zénith.
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Je m'allongeais sur une pierre plate qui avait été polie par les eaux lorsqu'elles avaient été plus hautes, et qui , ayant eu le temps de sécher , n'était plus glissantes comme celles sous les eaux du torrent,  couvertes d'algues presqu'invisibles.
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Puis je méditais en siddhasana comme j'avais appris dans le hatha yoga. Je me sentais d'autant plus transparent que le lieu semblait vierge de toute vibration humaine malfaisante. Je sentais que je faisais un avec le lieu. L'image  que j'avais de moi même se dissolvait  et j'avais l'impression d'être en continuité avec le monde qui entourait mon corps à l'infini , comme si mon âme était une avec  l'âme du monde, à la fois à l'extérieur et à l'intérieur de moi.
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Je me reposais dans cette  paix  profonde, débarassé de toute  crainte et de tout rôle à jouer, et parfois je me levais en dansant  sur la pierre  au milieu de ce petit lac, en étant tres vigilant sur l"équilibre et tendu autant que possible vers le haut.
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Ma danse surgissait de mon souffle et ma voix était comme un prolongement du chant des cascades dans un corps humain. Puis je me rasseyais pour résorber toute fatigue psychique et physique, et je m'abandonnais  comme au vide  pour laisser résonner en moi  toute la lumiere à travers  mes paupières  et ma peau. Mon souflle soulevait à peine ma poitrine et je me laissais porter comme  par les ailes d'un oiseau. .
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  C'est alors qu'eut lieu le grand saut qualitatif de ma jeunesse .Peut être  c'est ce que certains appellent un saut quantique . Une de mes devises était, avant de repartir pour Bali :  " On ne peut apprendre le saut qu'en sautant". Et  là je fis l'expérience, pourtant immobile , d'un saut de ma perception  tellement radical que je n'aurais même pas pu l'imaginer, et que je n'ai jamais cessé de le raconter, les mots semblant chaque fois insuffisants .
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Je m'étais laissé aller à un état de reddition intérieure au rayonnement Divin sous une forme qui ne comportait aucun précepte mental. Je m'étais senti alors  un avec l'âme du monde et je m'étais abandonné à ce bien être , comme un enfant encore dans le ventre de sa mère .Sur le moment je ne conceptualisais rien, j'étais l'enfant épuisé qui  dépose les armes , d'abord parce qu'en ce lieu je percevais rien d'hostile et aussi parceque je n'avais rien à défendre, à partir du moment où je n'étais plus assailli par ls démons de l'humanité.
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Ma destinée ,telle qu'elle avait été espérée par  le couple qui m'avait engendré, m'apparaissait comme un fardeau. J'avais fui leur programmation absurde jusqu'à  cette clairière au fond de ce ravin, et là personne n'était susceptible de pontifier sur l'inanité de la voie poétique que j'avais choisie.
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Ce bonheur que je ressentais avait une telle saveur d'éternité que je n'avais pas résisté à m'y abandonner completement, j''étais comme  aimanté et non plus dans l'effort de dénouer les traces du karma  . Je n'avais d'autre désir, et il était en même temps exaucé,  que cette illumination tranquille, ce merveilleux normal  où se plaisait Michaux , sous mescaline. Je n'avais plus à faire d'effort pour me dégager de l'héritage de la destinée grégaire, elle était entrée dans le feu du phénix où elle se consumait doucement . 
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Et soudain  j'entendis le cri victorieux de mon allié céleste, l'oiseau du Paradis, que je dessinais tellement que son hiéroglyphes étaient devenu une deuxieme signature , superposée  au dos de mes toiles à celle du passeport. J'ai tenté d'évoquer ce moment capital de mon existence dans la clé 6 du Théâtre des oiseaux de Paradis  , en transposant dans la forêt de la planète Santochan ce que j'avais perçu au fond de ces gorges de roc et de verdures  :
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"Or un matin les fruits, les fleurs et les insectes entendirent
Un cri d'oiseau !
Ce cri sonnait, multipliant ses échos
telle la clef chaude et colorée
De toutes les créatures aux formes étranges et bigarrées 
Celles qu'on voit bondir ou toujours immobiles
Et toutes dans la forêt l'entendirent !
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Ce cri ne se répéta point, mais lancé une seule fois
Il avait ému jusqu'aux paupières des rochers ...
Pourtant il n'appelait rien, il ne cherchait rien
Il décrivait l'arabesque lumineuse de ses entrailles...
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Ce cri, est-il même une araignée qui pourrait l'oublier ?
Ce cri indompté pour dénuder le Ciel ...
Dans sa couleur, toutes les couleurs étaient pliées
Un cri pour donner à la terre des ailes !"
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D'évidence, l'oiseau que je venais d'entendre avait atteint le stade ultime de la sadhana, il était devenu, comme nous pouvons tous l'être , un signe incarné de l'Infini . Sri Agastyar m'affirma  plus tard que c'était lui qui avait assumé cette forme d'oiseau parce qu'elle était propice pour accélérer l'Eveil de ma conscience .
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Ma méditation alternée de danse , le regard tourné à la fois vers l'intérieur  et l'extérieur  ,m'avait sorti de l'opposition du  dedans et du dehors. Dans le feu de la ferveur inconditionnée je jetais d'instinct l'identité qui avait été la mienne jadis , démotivé des quêtes de l'égo dans une société où j'avais connu l'angoisse et le succès , sans trouver l'apaisement irréversible . 
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Convaincu par le cri rauque mais gracile et accueillant  de cet oiseau invisible, niché dans la végétation au dessus de ma tête, je   ne demandais désormais  à exister que par la grâce de l'Inspiration Divine, jusqu'au bout de mes bras et de mes jambes dansant et de mes entrailles. Le rébus  de la Création supramentale s'éclaircissait par la saveur même de  l'Eternité. L'équation de de mon existence se résolvait  dansla briéveté,  la finitude d'un seul cri d'oiseau que je ne pourrai jamais oublier.
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Désormais tous mes travaux ne seraient que l'occasion de savourer l'écho d'une telle instase-extase, afin de m'y abolir encore . Comme en faisant l'amour mais de façon encore plus radicale,avec la Mère et le Pere Divin en ces lieux étroitement indissociables à la façon des  rayons du soleil mêlés aux eaux de ces hautes  cascades.
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Et même la nuit prenait son sens dans la Lumière, tout comme la perception de ce  vide où je m'étais deshabillé. En effet sur le chemin j'avais accroché mon vêtement , un paréo , appelé sarong à Bali ,sur  la fronde d'une énorme fougère. Mais  ensuite  je ne me sentais pas seulement peau nue, j'étais comme deshabillé de ma tunique de chair, et ma chair me paraissait d'autant plus aimable qu'elle ne se targuait que d'être une facette des possibles de la création.
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Ce que je ressentais ce n'était pas la reddition de l'égo humain devant l'égrégore collectif d'une  l'humanité pervertie de longue date, mais la reddition de l'humanité renonçant à sa tyrannie sur la nature et du coup à son aveuglement sur le Divin.
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La Génèse dans  la Bible parle de la tunique de chair dont sont affublés Adam et Eve chassés du paradis terrestre pour avoir instrumentalisé le fruit de la connaissance. Néammons les livres de la Bible et  tous les livres de la planète, y compris les miens  me paraissaient  désormais des balbutiements , des bégaiements, même s'ils   prétendaient enseigner des vérités définitives .
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Peut être certains étaient  utiles à perpétuer des coutumes obscurantistes sans renier complètement quelques principes de beauté, de bonté et de véridicité, mais les langues humaines semblaient   impropres à restituer ce rayonnement sans mots du supramental Divin  que j'avais obtenu par le  joyeux sacrifice spontané des illusions identitaires.
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Ensuite , puisqu'il y eut un moment où le zénith laissa place à l'ombre, je décrochais un peu de mon identification à l'oiseau-monde, je me  retrouvais   dans la forme de simple enfant humain, et quoiqu'il me fut désormais impossible d'idolâtrer cette chair,  elle me paraissait plus savoureuse et cristalline que jamais. J'étais bien dans ma peau, mais comme on est bien dans un lieu de passage , au fil d'une recherche ou d'un bricolage.
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Certes  il semblait incontournable , le  retour dans les méandres du labyrinthe humain , régi par les lois inflexibles de ses matamores seulement convaincus de modestie par la mort. Comment me débrouillerai je de ne jamais perdre un instant l'écho de ce cri  lumineux qui avait fait résonner l'union de la  Nature et de l'esprit  en moi  ?
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Toutes mes activités devaient restées consacrées à réinventer un espace-temps où ce cri reste audible, une bulle d'utopie partageable au moins avec une femme.
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Pour ce qui est de la foule  des humains enracinés dans  leurs propres certitudes sur le réel, et sans écoute ni patience pour ceux qui ne les partagent pas, je ferai comme si ce qui m'était arrivé  n'avait été qu'une fiction. Alors  ,siu mon réel ne prétendait qu'avoir été un rêve, mes frères et soeurs en humanité seraient capables de tolérance,  .
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Les artifices éblouissent, les symboles font réfléchir,  les légendes mises en scène suggèrent des ambiances possibles,mais vu de la gorge  de l'Oiseau, c'est ce qui était communément considéré chez les humains d'alors comme logique matérielle concrète qui m'apparaissait relever de l'impasse , de l'absurde.
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C'est sur le fil de cette prise de conscience que je me suis intégré dans les  deux dimensions du vrai et de l'Illusion. Tout le monde a soif du Vrai, mais davantage faim de l'illusion. Le vrai est tolérable en tant que  spectacle, dans la mesure où il est proclamé faux. Alors  on peut relativiser dans un langage humain le réalisme des bêtes tellement centrées sur leurs appétits d'égos individuels et collectifs qu'elles seraient prêtes à y soumettre toute la création, si elles en étaient capables.
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Que sont les démons sinon  les ombres des hommes lorsqu'ils manquent de coeur , de sincérité, lorsqu'ils se marginalisent face à la logique de l'amour cosmique pour sacraliser la logique de leurs castes ?
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Dans les décennies qui suivirent je compris tout à fait  que pour mes contemporains, sauf pour ceux engagés  sur des chemins apparentés au mien par la radicalité de la  révolte ou  la ferveur de se reconstruire , mon incantation poétique ne valait pas une caisse de bière Hinano (à Tahiti) ni la diversité des fleurs du Mal  (à Paris) ,ni de consistants bakchichs, ailleurs, pour acheter la fin un répit aux harassements.
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 Pour sauver ma vie de la chute hors de l'Eden de la Conscience, il était nécessaire que j'oriente tous mes projets vers le partage de mon cheminement . Je m'étais d'abord révolté contre un monde  d'exploitation de l'homme par l'homme, mais il était urgent aussi de m'évader à travers ma propre révolution personnelle, tant le choc des égos semblait programmer dans les sociétés l'éternel retour de réflexes dominateurs pires que la loi de la jungle.
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  Oui, tout singe que j'étais, je savais où existait un refuge inviolable aux tréfonds de l'Ame et je devais brûler perpétuellement dans le feu du phénix . La  danse, la musique , la peinture et les mots n'avaient de sens qu'en tant qu'outils pour faire résonner  ce simple cri du phénix en moi afin de me ressouvenir  instantanément que j'étais  Lui, mon Moi éternel !
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Et pour rester sur ces  chemins d'accès à ule liberté inconditionnelle, je devais fournir  à mes frères et soeurs humains des clés,aussi variées et nombreuses que possibles, tant il est de serrures. Et tant pis si certains préfèrent restés barricadés pourvu que ce ne soit pas pour me détruire avec des règlementations totalitaires, voire des missiles et des drônes. D'évidence , je ne pourrais esquiver tous les combats  destinés à anéantir tout ce qui porte ombrage aux hiérarchies de diablotins humains.
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Concentré sur cette mission d'offrande à autrui, en dépit de toute indifférence, je me gardais  sur une voie, dans une   voix  qui enjambait la mort, et  le secret de l'amour , c'était de le donner, pour s' y situer définitivement. Peter Deunov dit qu'il faut aimer chaque créature à la distance où c'est possible. Je souhaitais tout de même qu'une femme se présente et se sente prête à brûler entierement son hérédité et ses ambitions dans le feu sacré qui avait été allumé sur le rocher  au milieu du fleuve du Temps et des incarnations.
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J'avais confiance en mon pouvoir de séduction , et cette année là je cultivéit même la chasteté, ne trouvant plus le moindre goût aux partouzes où j'avais égaré ma curiosité les années précédentes à Paris. Je voyais bien que j'attirais les femmes mais  sur le long terme je craignais les chantages qui mettent l'amour en cage ,en dévaluant la fidélité à l'harmonie cosmique et ses travaux. Je me savais minoritaire par mon vécu et mon inspiration, mais qu'au moins je ne le sois pas dans un couple !
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En fait ce que j'avais vécu dans les profondeurs illuminées du précipice verdoyant ce n'était pas une vision comme lorsqu'enfant  l'oiseau de Paradis était entré  par la fenêtre. Cette fois  àaucun moment je ne vis un oiseau, mais j'entendis un seul cri, et c'était un cri d'oiseau. Etait ce ce un paradisier comme ceux que les papous chassaient dans les forêts de leur île à la saison de leurs danses d'amour, car alors ils oublient le danger ?
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Les plumes des oiseaux de Paradis  étaient nécessaire à ces mélanésiens pour rehausser leur beauté,comme les plumes rouges d'un autre oiseau étaient indispensables à la dignité des chefs de l'antiquité polynésienne.
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La possession prédatrice est vanité, explique le Phénix au tigre  qui croit pouvoir s'emparer de l'énergie Divine à travers les consciences individuelles qui en ont elles mêmes détourné les effluves pour valoriser leur créativité splendide et/ou monstrueuse. Le singe qui se jette vers le ciel pour toucher le soleil n'a pas encore trouvé la bonne méthode et il chute au sol, blessé. Néammoins, attaqué par le tigre il se précipite d'instinct dans le feu du Phénix . or j'étais ce singe là.
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Et voilà que ce saut de la conscience il me faudrait constamment le réediter au fil de mon incarnation, afin de ne pas être corrompu par les chantages des prédateurs prompts à sacraliser leur lois sur la planète, faisant signifier les textes vénérés dans  toutes les religions d'une façon qui leur soit favorable . Il paraissait bien inutile de fonder une nouvelle religion.
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Une voix qui ressemblait à la mienne mais qui était animée par un souffle plus profond   avait commencé à me dicter la légende des oiseaux de paradis, que je n'avais jusqu'alors fait que dessiner, comme à l'affût, ou danser instinctivement.
/ Ou plutôt le rayon de l'Inspiration supramentale faisait résonnaer mes cordes vocales astrales et mentales, m'induisant à améliorer ma réceptivité , à améliorer la fable  des oiseaux de Paradis sur plusieurs planètes , chacune symbolique . oiseau de paradis, c'est  dire sculptés subtilement dans une présence de paradis, ou oiseaux du paradis, signe qu'un Paradis est possible dans la Conscience, pourvi qu'elle soit accueillie par l'incarnation.
  Améliorations mais certes pas en multipliant les effets , les artifices d'arts au service du divertissement, de la distractionAméliorations plutôt en affinant le sens , en épurant, en corrigeant , en devenant moi même l'étudiant du cri du Phénix, et  en m' adaptant à tel ou tel langage, toujours conscient de ses limites et de celles de mon mental en évolution.
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L'humanité  est semblable à une tour de Babel, mais il est excessif de prétendre que ce serait par la volonté de Dieu, à moins que ce qu'on appelle ainsi, ce soit un superdiable fait à l'image de la bête humaine prédatrice.
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En Europe, mystique signifie Union avec Allah, alors qu' en Afrique noire on me dit que c'est oeuvrer aux plans sorciers d'Iblis ! Comment se faire comprendre alors  ?
Dieu n'est attestable que par des vertus pratiquées. Servir Dieu en l'inventant à l'image d'hommes se comportant comme des diables , c'est tomber sous l'hypnose d'un mot sacralisé mais qui n'est qu'un mot,  alors que ce sont les actes et les contextes qui déterminent le sens des mots au fil de l'histoire humaine.
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Ainsi sur la planète Santochan, baptisée ainsi parce que théoriquement on connait la valeur de la sérénité, les hommes qui avaient reçu un peu du miracle Divin se mettent  comme les inquisitions du passé à travestir  leur ignorance de quelques étincelles de clairvoyance, pour  bientôt ostraciser l'oiseau de Paradis qui leur a pourtant offert des miroirs magiques ramenés du coeur du soleil. Hélas toute connaissance est susceptible d'usages opposés, selon la hiérarchie de valeurs de chacun dans ses choix quotidiens.
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Santochan ! Un beau nom, qui désigne l'état basique où l'on est supposé commencer le yoga, dans la reddition sans convoitise à l'offrande Divine. Sur le quai de Cabralia, le village où débarqua Cabral au Brésil, une des femmes que j'ai connu de près et qui m'avait invité là me montra du doigt au loin une île qui s'appelait Paradis. Elle enseignait le yoga sur tous les continents mais c'était un yoga formel et mondain, qui prône en théorie  les valeurs érémitiques mais les fuit en pratique.
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Le paradis du tigre est un enfer pour sa proie, il ne faut donc pas s'arrêter aux mots. Ce ne sont pas par les mots que peut être vécu le sacré, ou alors on sacralise les hiérarchies humaines, on se gargarise du langage comme d'une drogue, certes au nom de Dieu mais c'est abusif, car c'est Iblis et tous ses pauvres diables qui s'admirent dans un miroir de confection animale.
Oui, la Révélation qui a fait sauter  pour moi les portes de l'Eternité , et qui m'a fait boire  la fontaine du Graal, c'est le cri d'un oiseau que je n'ai même pas vu avec mes yeux . Je  ne sais de quel oiseau il s'agissait, sauf que dans la sobriété de son cri indescriptible, il manifestait l'union en profondeur de la conscience de toute créature  avec celle de l'univers entier.
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Et de là c'est tout ce qui m'entourait, rivières, plantes, cascades, soleil, pierre et ciel, qui m'était paru oiseau de Paradis et mon véritable Moi , l'Ame du monde , des galaxies, accessible par la conscience pourvu qu'elle se libere des chantages de l'identité animale superficiellement séparée . Alors  l'évolution de l'espèce redevenait possible dans la Danse cosmique, avec autant de pistes que ce qu'il y a d'essences végétales  dans la forêt et d'étoiles dans le Ciel.
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Le lendemain , lorsque je redescendis les escaliers du canyon verdoyant avec Raï,je vis que  toute la disposition des bassins,des cascadettes  et des  rocs avait été chamboulée.Il y avait certainement eu un gros orage dans les montagnes et une vague avait balayé  tout sur son passage.
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J'avais jadis  connu une jeune et tres belle danoise , Brit , amante d'un ami caméraman , qui était morte d'une telle vague dans un oued marocain, en pleine  gloire dérisoire  d'une séance de photos pour une publicité télévisée. Voilà donc ce qui aurait pu m'arriver . Mais qu'est-ce  que voir sa chair mourir lorsque la conscience  individuelle a migré dans la Conscience eternelle ?
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Restait donc à vivre cette incarnation en pédagogue, avec l'Amour et la Lumière comme récompense en dépit des tracas inévitables que me vaudraient mes choix de vie dans un contexte historique où un ministre de la république Française allait , au siècle suivant oser prétendre qu'un homme qui n'a pu se payer une montre Rolex à l'âge de quarante ans était un raté.
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Le prix d'une telle montre aurait suffi à couvrir toute mes études  de danse et de musique, mais il y avait les barbelés déployés  aux frontieres pour me refuser des visas, et pour dissuader quiconque de risquer son confort à m'accompagner au delà des conventions spirituelles et culturelles.
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L'hypocrisie réglait la mise en scène des barbares qui s'étaient appropriés les drapeaux de la défense de leurs civilisations. La culture des connaissances est universelle, celle des moeurs  a besoin de diviser le bétail humain pour mieux l'exploiter .  L'Indonésie était alors la proie d'un tyran dont on sut plus tard , à sa chute, qu'il avait volé la moitié de l'argent du pays.
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Il avait  fait massacrer plus d'un million d'hommes, sous accusation de communisme . Innombrables ceux qui avaient été éliminés pour être plus radicalement dépossédés . Le torrent où j'avais entendu le cri du Simorgh avait été alors encombré de leurs cadavres.  Fini , me disait Raï, le temps bref où les balinais s'étaient mis  à se partager leur champs . Maintenant il fallait passer la nuit à surveiller son irrigation pour que les eaux dans les rizières ne soient pas détournées par les voisins.
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Et lors des manifestations du parti unique, des foules  criaient haut et fort leur allégeance au général Suharto, même les enfants juchés sur les épaules des adultes vociféraient en tendant le poing. Les hommes du gambuh avaient besoin de beaucoup d'arak , alcool très fort, pour consentir à honorer d'un gambuh le temple où une antique inscription leur en faisait le devoir identitaire.
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Un des musiciens ayant hérité d'un rôle dans ces cérémonies, sans savoir en expliquer le sens ,ricanait devant la telévision du banjar, la maison pour tous du village, en vantant la supériorié du gouvernement militaire sur le chaos des démocraties occidentales.
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Un autre faisait rire sa famille en racontant comment sous l'occupation japonaise, il avait participé à des tortures, et il singeait les mimiques de souffrance , oui cela faisait rire les enfants puisque les parents jubilaient. 
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Mes  maîtres successifs à Bali  m'ont informé  que le fascisme , à l'époque de l'éruption du Gunung Agung avait  gagné tous les clans , y compris ceux apparentés aux  Khmers rouges ,à Staline et à Mao.
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 Lili Brik en ces temps me déclarait  que la Russie était devenue une dictature militaire,  Aragon et Elsa acquiesçait ce jour là rue de Varenne. Par contre un ministre giscardien, qui me rendit viste à Bali avec sa femme , habituée des cours de mon professeur de ballet à Paris, m' assurait qu'on ne pourrait longtemps freiner le sens de l'Histoire, qu'il voyait soviétique.
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Terribles paradoxes , monstrueux sophismes, à travers les quels il semble que l'être humain pervertit toutes les valeurs par opportunisme . Mais si en Chine on exproprie des pauvres pour éradiquer la pauvreté visible, doit on pour autant   diaboliser le chant de l'internationale ? Fallait -il maudire le nom de Dieu parcequ'il avait été usurpé par les inquisiteurs de l'université de Coïmbre , experts en autodafés ? Et dois toi renier la déclaration universelle des droits humains sous prétexte que les démocraties ne les respectent que lorsque cela  les arrange leurs marionnettistes,prêts par ailleurs à stigmatiser des minorités pour se rendre populaires ?
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Avant mon départ pour Bali, je m'entrainais à la danse sur la musique de celui qui était alors mon ami le plus proche, Zia Edin  mohamed Sharok Mirabdolbaghi, et qui me racontait que des fanatiques le menaçaient en tant qu'ennemi de Dieu parce qu'il  continuait à jouer la musique traditionnelle persane, qu'ils considéraient comme une source de péché.
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Dans les débats du  XXeme siècle, les clivages étaient trompeurs, la confusion était généralisée , la caricature régnait, et pourtant c'était de tous côtés au nom des meilleurs principes .On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.  
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Une touriste qui s'était aventurée jusqu'à la fête d'un temple de Batuan où l'on m'avait fait danser prétendit le lendemain que je perdais mon temps à imiter les balinais, je ne saurais jamais danser leur danse, n'ayant pas appris dès l'âge de  4 ans. pourtant sur les photos de Cartier Bresson prises à Bali, ls postures sont bien relâchés, en dépits des habits serrés pour les favoriser, aux dépens de la respiration.
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J'avais vu cette touriste la veille dans l'assistance, elle n'avait même pas noté qu'à un moment, moi, un blanc, je dansais, tellement les autres acteurs s'étaient blanchi le visage par le maquillage, en souvenir des suprématies aryennes dans l'hindouisme des castes. Raï, mon professeur était né la peau tellement sombre qu'on ne lui attribuait que des rôles de méchants.
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il y a une phrase dans  les chants du Phénix, à écouter dans la clé 4 publiée sur Youtube, qui me revient pour exprimer cet état  dans lequel je me suis construit  à cette époque à Bali, pour ne pas suffoquer en  traversant les remugles indicibles de l'Histoire d'Occident et d'Orient :
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"Ainsi s'envole un enfant épuisé
par delà la mort et les générations ...
Elle t'aimante sans répit la perfection !
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Entends la voix si douce qui te guide 
Aies confiance, et vois les temps miraculés !"
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Sur cette pierre au milieu de la rivière torrentielle cernée de cascades, je ne me projetais pas encore dans le futur, mais  l' illumination amplifiée à l'extrême par le cri du Phénix  orienta  concrètement tous les choix de ma vie.
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Certes comme Khrisna l'explique à Arjuna dans la Bhagavat Gita ,dont j'avais acheté un exemplaire à Bali en 1971, nos actions ne doivent pas être motivées par un but strictement matériel . On  ne doit pas cultiver la connaissance pour en recueillir des fruits , sinon le jardin d'Eden n'est plus qu'un marché aux esclaves où l'on se vend soi même .
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Les pandits, les mandarins, les patentés pourront prétendre que j'ai mal compris la Bhagavat Gita. Mais dans le théâtre des oiseaux de paradis je me suis gardé de fournir des justifications aux castéismes.
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Alors c'est quoi, la  porte de sortie  de  la guerre perpétuelle du Mahabharata ? C'est l'éducation  de l'harmonie de l'homme et de la femme  . C'est de comprendre par la mise en scène virtuelles des créatures et de leurs caractèresn le sens de tous les traités humains. Bharata qui , selon la légende, était, comme Agastyar, disciple du Yogi  Siva , donnait cette finalité au Natya véda, au savoir de la Danse.
Telle est  en effet  la mission pédagogique de ce que j'ai appelé danse catalytique ,pour la distinguer des danses de défoulement, de divertissement, de célébration identitaire.  Je préfère assumer ma propre nomenclature  vu que  les textes traditions socialement  sacralisés  sont la chass gardée de vrais  érudits et de pseudo savants qui ont résumé l'enseignement des Immortels à la répétition de quelques mantras . Moi j'ai préféré recommencer à faire danser les enfants sous les arbres. Evidemment en un premier temps certains  se sont enfuis avec la balle de jeu .
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Pour ceux qui préferent la soi disant version originale de la danse d'Hamsa et de Garuda, eh bien qu'ils aillent l'étudier où ils espèrent en trouver la pratique et la théorie, et puissent elles les catalysées dans un monde vivable, où la véridicité ne copule pas avec la tromperie. Il faut bien que chacun avance selon sa conscience et ses motivations réelles, sinon cette incarnation ne démontrait pas grand chose d'utile à l'envol de l'âme dans l'Eternité Consciente
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Au milieu de tant de malentendus  je me suis senti étranger dans la plupart des pays où j'ai vécu, mais pas dans ce canyon de Bali, ni dans les torrents de Moorea ou sur son lagon  . Et pas davantage  sur la colline au dessus de Papeete . En Inde , comme en France, 99% de la population s'enorgueillit de ses poètes, Hugo ou Jayadeva, mais combien parmi ceux qui les enseignent ont transformé leur vie en les entendant ?
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Les héritiers , lorsqu'ils veulent éviter qu'on découvre que leurs rentes de siuation sont nourries du sang des poètes, intimident par le snobisme et la mesquinerie . Voilà  pourquoi je donne  des titres en tahitien à mes tableaux, parce que les xénophobes n'étaient pas assez nombreux pour que je me sente étranger au fenua. 
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Pourtant apres 22 ans j'ai quitté le Pacifique , et je ne prétends pas que les humains y étaient parfaits,  loin de cela. Néammoins  où que j'aille , je me sens le coeur prendre l'élan du chant dans cette langue au point de se propager sans crainte dans toute langue, même proférée avec maladresse. Et ainsi où que je vive je me sens moi même resté comme un petit atome du fenua maohi, comme s'il m'avait gratifié d'une plénitude humaine sans retour. Je ne pourrais me sentir un balinais blanc, ce serait incongru comme la violation d'une marque déposée sur lesquels les droits du sang sont supérieurs à ceux du coeur et de la conscience. 
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Je me suis sans doute senti définitivement accueilli par le fenua de l'âme parce que le folklore maohi avait été assumé  en dépit des censures, et valorisé dans son propre univers linguistique et végétal comme une base de repli d'une identité culturelle modeste, mais rayonnante, accueillant, en dépit des mastodontes de l'anglophonie et de la francophonie, fournissant  certes une incontournable ouverture sur le reste du monde.
/Le mot fenua peut bien signifier au sens propre  tout terroir émergeant des mers. Pour moi ce mot signifie tout ambiance vivable, et donc le simple réflexe de chanter ou de danser sans protocole, comme l'oiseau migrateur prend son vol sans que le ciel lui soit contesté, sinon par les chasseurs
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 Puis, du moins à l'époque où je me suis reconstruis en Polynésie , l'identité maohie m'a paru plutôt humaine que chauvine , peut être à cause de l'isolement ancien des îliens , des métissages tant  souhaités au passage des navires. Les îles marquises  s'appelaient en fait d'abord le pays des hommes :  " te henua o te enana "  
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 Comment nous , habitants de cette planète , pourrions nous prétendre connaître la valeur des vertus Divines , si ce n'est en assumant des vertus humaines au quotidien, en pratique  plutôt que dans l'ostentation. Les sujets des "grandes civilsatons", sont fiers par le droit du sang ou du sol d'héritages qu'une minorité seule assume. Hypocrisie !
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Cest à Moorea que j'ai peint les toiles sur  l'oiseau illuminé/illuminateur rencontré à Bali. Car j' avais  retrouvé pour toujours si je voulais d'autres torrents et d'autres cascadettes, une citoyenneté débarassée de l'épée de Damocles des visas, comme si la marginalité artistique était une façon de s'intégrer dans des îles restées géographiquement marginale dans un monde où les dons de la nature étaient désormais presque partout instrumentalisés    . 
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La premiere de ces toiles fut vendue à un fonctionnaire de la mairie de Faaa à Tahiti , qui l'a peut être encore dans son bureau. C'était   un ami de Riro,  ma vahiné de ces temps là,  elle avait signé le tableau car selon elle c'était la meilleure façon de provoquer un engouement chez l'acheteur. 
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Je me suis ensuite attelé  à une deuxième version, que je préfère. Elle est resté un certain temps suspendue dans une galerie qui finalement m'a demandé  de la reprendre , car un touriste américain avait été offensé par la vision du sexe nu en érection. Pourtant il ne bandait que pour la vie même au sortir d'un rêve. Ce touriste projetait la saleté de son sexe sur le mien , comme cela s'était passé dans le milieu de mon enfance.
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Je ai ensuite porté cette grande toile à une autre galerie, je l'ai laissée là lorsque j'ai quitté la Polynésie  . La patronne popa'a,  comme on nomme les immigrants, ce qui veut  dire peau brûlée, peau rouge    ,a  depuis vendu sa galerie, je ne sais pas encore si elle emporté  ou vendu ce tableau . Un ami pilote d'Air France  voudrait organiser  une exposition de mes toiles à Toulouse . 
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Mais pour l'instant je n'ai pas retrouvé la trace d' un bon nombre de tableaux dont celui ci,  même en téléphonant aux propriétaires des commerces  où je les ai laissés.  une fois, comme je sortais d'une galerie d'art à papeet, le propriétaire m'interpelle pour ma donner un tuyau : ' ce peintre vient de mourir, c'est le moment d'investir dans ses peintures, les prix vont monter !  Les soi-disant lois du marché ...
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Mes peintures ont parfois trouvé des acheteurs mais sont restées dispersées ici et là, car il est coûteux de transporter de grandes toiles. C'est pour cela que depuis mon retour en Afrique en 2009 je travaille surtout sur ordinateur,pouvant ensuite réaliser fresques et toiles sur demande. 
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opus 17 : Agem Kanan, posture de danse balinaise, avec  bibir en notation musicale balinaise :
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opus 333 : la premiere version peinte :
 
 
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Trois images  où je danse le Baris dans un temple de Batuan. Photos offertes par Astawa, car je vivais à Bali sans aucun appareil de photographie. Un tirage du premier cliché est resté affiché dans la chambre de Louis Aragon jusqu'à son décès.
 
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Ida Bagous Ktut Raï Datah :
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opus 14 : dessin préparatoire pour ces peintures.  Il ne s'agit pas de plusieurs personnages humains, c'est moi qui me déplace ici et là :
 
 
 


24/01/2013
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